Psaume 88

Psaume 88 — Commentaire de Charles Spurgeon

Exposition, signification et méditations du Trésor de David

Résumé

TITRE.---« Cantique. Psaume des fils de Coré. » Cette triste plainte ressemble bien peu à un cantique, et l’on comprend difficilement qu’elle ait pu recevoir un nom qui désigne un chant de louange ou de triomphe ; peut-être, toutefois, l’a-t-elle reçu intentionnellement, afin de montrer comment la foi « se glorifie même dans les tribulations ». Assurément, s’il fut jamais un chant de douleur et un psaume de tristesse, c’est bien celui-ci. Les fils de Coré, qui avaient souvent uni leurs voix pour chanter de joyeuses odes, sont maintenant chargés d’exécuter cet hymne semblable à une lugubre complainte. Les serviteurs et les chantres n’ont pas à choisir leur tâche. Au chef de musique. Il doit diriger les chantres et veiller à ce qu’ils remplissent bien leur devoir, car la sainte tristesse mérite d’être exprimée avec autant de soin que la louange la plus joyeuse ; rien ne doit être négligé dans la maison du Seigneur. Il est plus difficile d’exprimer convenablement la douleur que de faire jaillir des accents d’allégresse. Sur Mahalath Leannoth. Alexander traduit ces mots par : « au sujet d’une maladie accablante » ; si cette traduction est exacte, ils désignent l’affliction de l’esprit qui donna lieu à ce chant plaintif. Maskil. Ce terme s’est déjà présenté bien des fois, et le lecteur se souviendra qu’il désigne un psaume instructif ou didactique : les douleurs d’un saint sont des leçons pour les autres ; l’enseignement tiré de l’expérience est d’une valeur incomparable. D’Héman, l’Ézrachite. Cette indication nous renseigne probablement sur l’auteur du psaume : il fut écrit par Héman ; mais il ne serait pas facile de déterminer de quel Héman il s’agit. Nous ne risquerions cependant pas de commettre une très grave erreur en supposant que c’est l’homme mentionné en 1 R 4.31 comme frère d’Éthan et l’un des cinq fils de Zérach (1 Ch 2.6), fils de Juda, d’où son nom d’« Ézrachite ». S’il s’agit bien de cet homme, il était célèbre par sa sagesse ; en outre, le fait qu’il se trouvait en Égypte au temps de l’oppression de Pharaon peut contribuer à expliquer les accents profondément graves de son chant, ainsi que la forme ancienne de nombreuses expressions, qui rappellent davantage Job que David. Il y avait toutefois, à l’époque de David, un Héman qui appartenait au grand trio des principaux musiciens : « Héman, Asaph et Éthan » (1 Ch 15.19), et nul ne peut prouver que celui-ci ne fut pas le compositeur. La question est sans importance ; quel que soit l’auteur du psaume, il devait être un homme d’une profonde expérience, qui avait affronté les grandes eaux des détresses de l’âme.

SUJET ET DIVISION.---Ce psaume est fragmentaire, et la seule division qui puisse nous être utile est celle qu’a proposée Albert Barnes, à savoir : une description des souffrances du malade (Ps 88.1-9), puis une prière pour obtenir miséricorde et délivrance (Ps 88.10-18). Nous examinerons toutefois chaque verset séparément, afin de mieux faire ressortir le caractère décousu de la douleur de l’auteur. Le lecteur fera bien de commencer par lire le psaume tout entier.

Exposé

Verset 1. « Ô Éternel, Dieu de mon salut ! » C’est un titre plein d’espérance sous lequel s’adresser au Seigneur, et il contient le seul rayon de lumière consolante qui brille dans tout le psaume. L’auteur possède le salut, il en est certain, et Dieu en est l’unique auteur. Tant qu’un homme peut voir en Dieu son Sauveur, il ne fait pas entièrement nuit pour lui. Tant que nous pouvons parler du Dieu vivant comme de la vie de notre salut, notre espérance ne s’éteindra pas tout à fait. L’un des traits caractéristiques de la véritable foi est qu’elle se tourne vers l’Éternel, le Dieu qui sauve, lorsque tous les autres appuis se sont révélés trompeurs. « Jour et nuit, j’ai crié devant toi. » Sa détresse n’avait pas éteint les étincelles de sa prière ; elle les avait au contraire attisées jusqu’à en faire un feu plus ardent, qui brûlait sans cesse comme une fournaise chauffée au plus haut degré. Sa prière était personnelle : quand bien même nul autre n’aurait prié, lui l’avait fait. Elle était d’une ferveur intense, si bien qu’elle pouvait à juste titre être appelée un cri, semblable à celui que poussent les enfants pour émouvoir la compassion de leurs parents. Enfin, elle était incessante : ni les occupations du jour ni la lassitude de la nuit ne l’avaient réduite au silence. De telles supplications ne pouvaient assurément pas être vaines. Peut-être que, si la douleur d’Héman n’avait pas été continuelle, ses supplications auraient été intermittentes ; c’est une bonne chose que la maladie ne nous laisse aucun repos, si nous employons notre agitation à prier. Le jour et la nuit conviennent également à la prière. Celle-ci n’est pas une œuvre des ténèbres ; allons donc avec Daniel prier sous le regard des hommes. Cependant, puisque la supplication n’a nul besoin de lumière, accompagnons Jacob et luttons au Yabboq jusqu’au lever du jour. Le mal se change en bien lorsqu’il nous pousse à prier. Une expression du texte mérite une attention particulière : « devant toi ». Ces mots indiquent de manière remarquable que les cris du psalmiste avaient un but et une direction : ils montaient vers le Seigneur. Ce n’étaient pas de simples clameurs de la nature, mais les gémissements d’un cœur touché par la grâce qui se tournait vers l’Éternel, le Dieu du salut. À quoi servent des flèches lancées au hasard dans les airs ? Le devoir de l’archer est de bien regarder la cible qu’il vise. Nos prières doivent être dirigées vers le ciel avec une attention fervente. Ainsi pensait Héman : tous ses cris visaient le cœur de son Dieu. Il ne cherchait pas, comme les pharisiens, à attirer le regard des spectateurs ; toutes ses prières étaient devant son Dieu.

Verset 2. « Que ma prière parvienne devant toi ! » Accorde-lui audience ; qu’elle puisse s’entretenir avec toi. Bien qu’elle soit ma prière, et donc très imparfaite, ne lui refuse pourtant pas ton attention bienveillante. « Incline ton oreille vers mon cri ! » Ce cri n’est une musique que pour l’oreille de la miséricorde ; ne sois pourtant pas offensé par ses dissonances. Quoiqu’il ne soit qu’un cri, il est l’expression la plus naturelle de l’angoisse de mon âme. Lorsque mon cœur parle, que ton oreille l’entende. Des obstacles peuvent entraver l’essor de nos prières vers le ciel : supplions le Seigneur de les écarter. Il peut aussi y avoir des sujets de déplaisir qui empêchent le Seigneur d’accueillir favorablement nos demandes : implorons-le de les ôter de notre chemin. Celui qui a prié jour et nuit ne peut supporter de voir tout son labeur perdu. Seuls ceux qui prient avec indifférence seront indifférents à l’issue de leur prière.

Verset 3. « Car mon âme est rassasiée de maux. » J’en suis repu jusqu’à la nausée. Comme un vase rempli de vinaigre jusqu’au bord, mon cœur est comblé d’adversité au point de ne plus pouvoir rien contenir. Sa maison était pleine de douleur, ses mains en étaient pleines ; mais, pis encore, son cœur en était plein. La détresse de l’âme est l’âme même de la détresse. Une faible affliction intérieure est déjà digne de pitié ; que doit-ce donc être que d’en être rassasié ? Et combien est-ce pire encore lorsque nos prières nous reviennent vides, tandis que notre âme demeure pleine de chagrin ! « Et ma vie s’approche de la tombe. » Il sentait qu’il devait mourir ; à vrai dire, il se croyait déjà à demi mort. Toute sa vie l’abandonnait : sa vie spirituelle déclinait, sa vie intellectuelle dépérissait, sa vie corporelle vacillait. Il était plus près de la mort que de la vie. Certains d’entre nous peuvent comprendre cette expérience, car bien des fois nous avons traversé cette vallée de l’ombre de la mort ; oui, nous y avons même demeuré des mois entiers. Mourir réellement et être avec Christ serait un jour de fête en comparaison de la misère que nous éprouvons lorsqu’une mort pire que celle du corps étend sur nous son ombre effroyable. Ceux dont l’abattement fait de l’existence une mort vivante accueilleraient la mort comme une délivrance. Est-il donc permis que des hommes pieux souffrent ainsi ? Oui, certainement ; quelques-uns sont même assujettis à cette servitude pendant toute leur vie. Ô Seigneur, daigne mettre en liberté tes prisonniers de l’espérance ! Qu’aucun de ceux qui pleurent devant toi ne s’imagine qu’il lui est arrivé quelque chose d’étrange ; qu’il se réjouisse plutôt en découvrant les traces de frères qui ont parcouru ce désert avant lui.

Verset 4. « Je suis compté parmi ceux qui descendent dans la fosse. » Ma faiblesse est si grande que les autres, aussi bien que moi-même, me considèrent comme déjà mort. Si ceux qui m’entourent n’ont pas encore commandé mon cercueil, ils ont du moins parlé de mon tombeau, discuté de mes biens et calculé la part qui leur en reviendra. Plus d’un homme a été enterré avant d’être mort ; et si on l’a pleuré, c’est uniquement parce qu’il refusait de satisfaire les attentes avides de ses hypocrites parents en descendant immédiatement dans la fosse. Certains croyants affligés en sont venus à ce point que leurs héritiers impatients estiment qu’ils ont déjà trop longtemps vécu. « Je suis comme un homme qui n’a plus de force. » Je n’ai plus que le nom de vivant ; mon organisme est délabré. C’est à peine si je peux me traîner dans ma chambre de malade ; mon esprit est encore plus faible que mon corps, et ma foi est la plus faible de tous. Les fils et les filles de la douleur n’auront guère besoin qu’on leur explique ces phrases : pour ces âmes éprouvées, elles sont aussi familières que des paroles de tous les jours.

Verset 5. « Libre parmi les morts. » Dégagé de tout ce qui rattache un homme à la vie, familier du seuil de la mort, citoyen libre de la cité des sépulcres, je ne semble plus appartenir au nombre de ceux qui peinent sur la terre, mais je commence à goûter par avance le repos du tombeau. Triste condition que celle où notre unique espérance se trouve du côté de la mort, et notre seule liberté d’esprit au milieu des horreurs familières de la corruption. « Semblable aux morts étendus dans le sépulcre, dont tu ne te souviens plus. » Il se sentait aussi complètement oublié que ceux dont les dépouilles sont abandonnées à la pourriture sur le champ de bataille. Tel un soldat mortellement blessé qui se vide de son sang sans que nul y prenne garde, au milieu des monceaux de morts, et qui demeure, jusqu’à son dernier râle, sans compassion ni secours, ainsi Héman exhalait-il son âme dans la plus solitaire des douleurs, avec le sentiment que Dieu lui-même l’avait entièrement oublié. Jusqu’à quelles profondeurs l’esprit des hommes bons et courageux peut parfois sombrer ! Sous l’influence de certains troubles, tout prend un aspect lugubre, et le cœur plonge dans les abîmes les plus profonds de la détresse. Ceux qui jouissent d’une santé robuste et débordent d’entrain ont beau jeu de blâmer ceux dont la vie est assombrie par la pâle teinte de la mélancolie ; mais le mal est aussi réel qu’une plaie béante, et d’autant plus difficile à supporter qu’il se situe en grande partie dans le domaine de l’âme, si bien qu’aux yeux de ceux qui n’en ont aucune expérience, il paraît n’être qu’une affaire de fantaisie et d’imagination malade. Lecteur, ne tourne jamais en ridicule les personnes nerveuses et hypocondriaques : leur douleur est réelle ; même si une grande part du mal réside dans l’imagination, elle n’est pas imaginaire. « Et ils sont retranchés de ta main. » Le pauvre Héman avait le sentiment que Dieu lui-même l’avait rejeté, frappé et couché parmi les cadavres de ceux qu’avait exécutés la justice divine. Il déplorait que la main du Seigneur se fût étendue contre lui et qu’il fût séparé du grand Auteur de sa vie. Voilà l’essence même de l’absinthe. Les coups des hommes sont peu de chose, mais les coups de Dieu sont terribles pour un cœur qui connaît la grâce. Se sentir entièrement abandonné du Seigneur et rejeté comme si l’on était irrémédiablement corrompu, c’est le comble même de la désolation du cœur.

Verset 6. « Tu m’as jeté dans la fosse la plus profonde, dans les ténèbres, dans les abîmes. » Quel amas de puissantes métaphores, exprimant toutes la douleur la plus extrême ! Héman comparait sa condition désespérée à l’emprisonnement dans un cachot souterrain, à la réclusion dans le royaume des morts et à une plongée dans l’abîme. Aucune de ces images n’est forcée. L’esprit peut descendre bien plus bas que le corps, car il renferme des gouffres sans fond. La chair ne peut supporter qu’un certain nombre de blessures, mais l’âme peut saigner de dix mille manières et mourir encore et encore à chaque heure. Il est douloureux pour l’homme de bien de voir le Seigneur qu’il aime le déposer dans le sépulcre du découragement, accumuler sur lui les ombres de la nuit, éteindre toutes ses lampes et l’ensevelir sous de lourdes masses de chagrin. Un mal venu d’une main si bonne semble véritablement mauvais ; et pourtant, si la foi pouvait seulement se faire entendre, elle rappellerait à l’esprit abattu qu’il vaut mieux tomber entre les mains du Seigneur qu’entre celles des hommes. Elle dirait encore au cœur découragé que Dieu n’a jamais placé un Joseph dans une fosse sans l’en faire remonter pour l’élever jusqu’au trône ; qu’il n’a jamais fait tomber sur Abraham une profonde et terrifiante obscurité sans lui révéler son alliance ; et qu’il n’a jamais jeté même un Jonas dans les abîmes sans préparer le moyen de le ramener sain et sauf sur la terre ferme. Hélas ! dans une profonde dépression, l’esprit oublie tout cela et n’a plus conscience que de son inexprimable misère. L’homme voit le lion, mais non le miel qui se trouve dans sa carcasse ; il sent les épines, mais ne peut respirer le parfum des roses qui les ornent. Celui qui expose aujourd’hui, d’une voix faible, ces paroles connaît en lui-même, au sujet des abîmes de l’angoisse intérieure, plus qu’il ne voudrait ou n’oserait en dire. Il a contourné le cap des Tempêtes et dérivé le long des mornes promontoires du désespoir. Il a gémi avec un homme d’autrefois : « La nuit, mes os sont transpercés, et mes nerfs ne connaissent aucun repos. Je marche dans le deuil, privé de soleil. Les terreurs se tournent contre moi ; elles poursuivent mon âme comme le vent. » Ceux qui connaissent par expérience cette amertume compatiront ; mais il serait vain d’attendre de la pitié des autres, et leur pitié, même si l’on pouvait l’obtenir, ne vaudrait pas la peine d’être reçue. C’est une consolation inexprimable que notre Seigneur Jésus connaisse parfaitement cette expérience : hormis le péché qui s’y mêle, il en a ressenti toute la réalité, et plus encore, à Gethsémané, lorsqu’il fut saisi d’une tristesse mortelle.

Verset 7. « Ta colère s’appesantit sur moi. » Situation effroyable, la pire où un homme puisse se trouver. La colère est déjà pesante en elle-même ; celle de Dieu écrase au-delà de tout ce que l’on peut concevoir, et lorsqu’elle pèse de tout son poids, l’âme est véritablement accablée. La colère de Dieu est l’enfer même de l’enfer ; lorsqu’elle oppresse la conscience, l’homme éprouve un tourment que seul celui des esprits damnés peut surpasser. Il ne peut y avoir ni joie, ni paix, ni même l’insensibilité de l’indifférence pour celui qui ploie sous le plus redoutable des fardeaux. « Et tu m’as accablé de toutes tes vagues, » ou « de tous tes brisants. » Il représente la colère de Dieu déferlant sur lui comme les vagues de la mer, qui se gonflent, mugissent et se fracassent avec furie contre le rivage. Comment sa frêle barque pouvait-elle espérer survivre à ces cruels brisants, blancs comme les dents affamées de la mort ? Des mers d’affliction semblaient fondre sur lui avec toute la force de la toute-puissance ; il se sentait opprimé et accablé comme Israël en Égypte, lorsque les enfants d’Israël crièrent à cause de leurs souffrances. Il lui paraissait impossible de souffrir davantage : il avait épuisé toutes les formes de l’adversité et enduré toutes ses vagues. Nous l’avons nous-mêmes pensé, et pourtant, la réalité n’est pas tout à fait aussi terrible. Le pire des cas pourrait être pire encore ; toute douleur comporte quelque soulagement. Dieu dispose d’autres vagues, plus terribles, qui, s’il choisissait de les déchaîner, nous emporteraient dans l’abîme infernal d’où l’espérance est bannie depuis longtemps.

« Sélah. » Il fallait faire une pause. Au-dessus des brisants, le nageur relève la tête et regarde autour de lui, reprenant haleine un instant jusqu’à l’arrivée de la vague suivante. Même la lamentation doit avoir ses pauses. Les nuits sont divisées en veilles, et le deuil connaît lui aussi ses intervalles. Une musique aussi douloureuse éprouve grandement les voix comme les instruments ; il est donc bon d’accorder quelque temps aux chanteurs le soulagement du silence.

Verset 8. Tu as éloigné de moi ceux que je connaissais. Si jamais nous avons besoin d’amis, c’est à l’heure morne du découragement et pendant les longues journées de maladie corporelle ; c’est pourquoi celui qui souffre se plaint que la providence divine ait éloigné ses amis. Peut-être sa maladie était-elle contagieuse ou rendait-elle impur, de sorte que la loi le séparait de ses semblables ; peut-être leurs craintes les tenaient-elles éloignés de sa maison frappée par le fléau ; ou bien encore sa réputation avait-elle été si gravement atteinte qu’ils l’évitaient tout naturellement. Les amis perdus n’ont besoin que d’un mince prétexte pour tourner le dos aux affligés. Les hirondelles ne présentent aucune excuse lorsqu’elles nous abandonnent pour nous laisser passer seuls l’hiver. Pourtant, l’abandon de compagnons bien-aimés fait naître une douleur aiguë ; c’est une plaie qui suppure et refuse de guérir. « Tu as fait de moi pour eux un objet d’horreur. » Ils se détournaient de lui comme s’il était devenu répugnant et contagieux ; et puisque cela résultait de ce que le Seigneur lui avait fait, il portait sa plainte devant la cause première de son malheur. Celui que flattent encore les compagnons de ses plaisirs ne peut guère imaginer quelle misère lui écherra s’il devient pauvre ou s’il est calomnieusement accusé. Alors, l’un après l’autre, les parasites de sa prospérité s’en iront et l’abandonneront à son sort, non sans ajouter à son malheur quelques remarques blessantes. Les hommes ont moins de pouvoir pour bénir par leur amitié que pour maudire par leur perfidie. Les poisons de la terre sont plus mortels que ses remèdes ne sont salutaires. La foule de ceux qui entourent un homme et le flattent ressemble à des léopards apprivoisés : lorsqu’ils lui lèchent la main, il ferait bien de se souvenir qu’ils boiraient son sang avec autant de délectation. « Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme. » « Je suis enfermé et je ne puis sortir. » Il était prisonnier dans sa chambre et se sentait comme un lépreux dans un lazaret, ou comme un criminel condamné dans sa cellule. Son esprit aussi était lié comme par des chaînes de fer ; il ne jouissait d’aucune liberté d’espérer et ne pouvait prendre son essor dans la joie. Lorsque Dieu tient nos amis au-dehors et nous enferme pour que nous dépérissions seuls, il n’est pas étonnant que nous arrosions notre couche de nos larmes.

Verset 9. « Mon œil se consume dans la souffrance. » Il avait tant pleuré qu’il en avait épuisé ses yeux. Il avait tari ses glandes lacrymales et usé sa vue elle-même. Les larmes qui tombent en averses sont une bénédiction et concourent à notre bien ; mais lorsqu’elles deviennent un déluge, elles sont destructrices et nuisibles. « Seigneur, je t’invoque chaque jour. » Ses larmes mouillaient ses prières, mais n’en refroidissaient pas la ferveur. Il continuait à prier, bien qu’aucune réponse ne vînt sécher ses yeux. Rien ne peut amener un véritable croyant à cesser de prier ; la prière fait partie de sa nature, et il faut qu’il prie. « Je tends les mains vers toi. » De lui-même, il prenait l’attitude convenable du suppliant. Les hommes n’ont besoin ni d’un maître de posture ni d’un maître de cérémonie lorsqu’ils implorent ardemment la miséricorde : la nature leur inspire des attitudes à la fois naturelles et justes. Tel un petit enfant qui tend les mains vers sa mère en pleurant, ainsi faisait cet enfant de Dieu affligé. Tout son être priait : ses yeux pleuraient, sa voix criait, ses mains se tendaient et son cœur se brisait. Voilà ce qu’était véritablement la prière.

Verset 10. « Feras-tu des miracles pour les morts ? » Pourquoi donc me laisser mourir ? Tant que je vis, tu peux manifester en moi les gloires de ta grâce ; mais lorsque je serai passé dans la terre inconnue, comment pourras-tu illustrer en moi ton amour ? Si je péris, tu perdras un adorateur qui, tout à la fois, révérait les merveilles de ton caractère et de tes œuvres, et les rendait visibles par sa propre expérience. C’est là un bon plaidoyer ; aussi le répète-t-il. « Les morts se lèveront-ils pour te louer ? » Il ne songe qu’au présent, et non au grand jour final ; il fait valoir que le Seigneur compterait alors un adorateur de moins parmi les fils des hommes. Les ombres ne prennent aucune part aux chœurs du sabbat, les fantômes ne chantent pas de joyeux psaumes, les sépulcres et les caveaux ne font retentir aucune action de grâces. Il est vrai que les âmes des saints défunts rendent gloire à Dieu ; mais les pensées du psalmiste abattu ne montent pas jusqu’au ciel : elles contemplent le tombeau lugubre. Il demeure de ce côté-ci de l’éternité, là où, dans la tombe, il ne voit aucun miracle et n’entend aucun chant. « Sélah. » À l’entrée du tombeau, il s’assied pour méditer, puis revient à son thème.

Verset 11. « Ta bonté sera-t-elle racontée dans le sépulcre ? » Ta tendre bonté — qui lui rendra témoignage dans cette froide demeure où le ver et la corruption se livrent à leurs ravages ? Les vivants peuvent composer des « méditations parmi les tombeaux » ; mais les morts ne savent rien et ne peuvent donc rien déclarer. « Ou ta fidélité dans l’abîme ? » Si le Seigneur laissait mourir son serviteur avant l’accomplissement de la promesse divine, il serait tout à fait impossible de proclamer sa fidélité. Le poète ne considère ici que la vie présente et envisage la question du point de vue du temps et de la génération actuelle. Si un croyant était abandonné et laissé à mourir dans le désespoir, aucune voix ne pourrait sortir de son tombeau pour apprendre aux hommes que le Seigneur a réparé les torts qu’il avait subis et l’a délivré de ses épreuves ; aucun chant ne jaillirait de la froide motte de terre pour célébrer la vérité et la bonté du Seigneur. Mais, pour ce qui concerne les hommes, une voix qui aimait à exalter la grâce de Dieu serait réduite au silence, et un témoin dévoué au Seigneur serait retiré du champ du témoignage.

Verset 12. « Connaîtra-t-on tes merveilles dans les ténèbres ? » S’il ne lui est pas permis ici-bas d’attester la bonté de Jéhovah, comment le chantre pourrait-il le faire dans la terre des ténèbres et de l’ombre de la mort ? Sa langue, une fois changée en motte de terre, pourrait-elle éveiller l’oreille froide et insensible de la mort ? Un chien vivant ne vaut-il pas mieux qu’un lion mort ? Et un croyant vivant n’est-il pas plus utile à la cause de Dieu sur la terre que tous les défunts réunis ? « Et ta justice dans la terre de l’oubli ? » Que racontera-t-on à ton sujet dans les régions de l’oubli ? Là où la mémoire et l’amour ont disparu, où les hommes sont tout à la fois sans connaissance et inconnus, oublieux et oubliés, quel témoignage peut-on rendre à la sainteté divine ? Tout l’argument se résume ainsi : si le croyant meurt sans avoir été béni, comment l’honneur de Dieu sera-t-il préservé ? Qui rendra témoignage à sa vérité et à sa justice ?

Verset 13. « Mais moi, je crie à toi, ô ÉTERNEL ! » Je n’ai cessé de t’adresser mes prières pour obtenir ton secours, ô Jéhovah, le Dieu vivant, bien que tu aies si longtemps tardé à répondre. On reconnaît un véritable enfant de Dieu à ce qu’il persévère dans ses cris ; l’hypocrite fait de grands efforts par élans, mais le croyant authentique tient ferme jusqu’à ce qu’il obtienne gain de cause. « Et le matin ma prière ira au-devant de toi. » Il entendait continuer à plaider et redoubler d’ardeur. Il se proposait de se lever de bonne heure, de devancer la lumière du jour et de commencer à prier avant le lever du soleil. S’il plaît au Seigneur de tarder, il a le droit d’agir comme il le veut ; mais nous ne devons pas pour autant devenir lents dans nos supplications. Si nous estimons que le Seigneur tarde à accomplir sa promesse, nous n’en devons être que plus empressés à le devancer, de peur que notre paresse coupable ne fasse obstacle à la bénédiction.

Que la prière et le saint cantique
Embaument l’air du matin ;
Avant que les fumées du monde ne l’obscurcissent,
Éveille ton âme à la prière.

Tandis que les fleurs sont mouillées de rosée,
Pleure tes péchés avec larmes ;
Et avant que le soleil ne brille à nouveau,
Dis à ton Seigneur toutes tes craintes.

Verset 14. — « ÉTERNEL, pourquoi rejettes-tu mon âme ? » Ne m’as-tu pas autrefois choisi ? Veux-tu maintenant me rejeter ? Tes élus deviendront-ils ceux que tu réprouves ? Fais-tu, comme les hommes inconstants, une lettre de divorce à ceux que ton amour a épousés ? Ceux que tu aimes peuvent-ils devenir ceux que tu repousses ? « Pourquoi me caches-tu ta face ? » Refuseras-tu même de poser ton regard sur moi ? Ne peux-tu m’accorder un seul sourire ? Pourquoi une telle sévérité envers celui qui, en des jours plus lumineux, s’est baigné dans la clarté de ta faveur ? Nous pouvons adresser ces questions au Seigneur ; bien plus, nous devons le faire. Ce n’est pas une familiarité déplacée, mais une sainte hardiesse. Si nous le supplions sincèrement de nous montrer pourquoi il est en conflit avec nous, cela pourra nous aider à ôter le mal qui provoque sa jalousie. Il ne peut agir envers nous que d’une manière juste et pleine de grâce ; chaque coup de sa verge repose donc sur une raison suffisante, selon le jugement de son cœur aimant. Efforçons-nous de découvrir cette raison et d’en tirer profit.

Verset 15. — « Je suis malheureux et près de mourir dès ma jeunesse. » Son affliction durait maintenant depuis si longtemps qu’il pouvait à peine se rappeler quand elle avait commencé ; il lui semblait avoir été aux portes de la mort depuis son enfance. C’était sans doute l’exagération d’un esprit abattu ; pourtant, il se peut qu’Héman soit né sous le cyprès et qu’il ait souffert toute sa vie d’une maladie chronique ou d’une infirmité corporelle. Il est de saints hommes et de saintes femmes dont l’existence tout entière est un long apprentissage de la patience ; ceux-là méritent à la fois notre compassion et notre respect — oui, nous osons bien dire notre respect, car depuis que le Sauveur est devenu un familier de la douleur, la souffrance est devenue honorable aux yeux des croyants. Par la grâce divine, une maladie qui dure toute la vie peut se révéler une bénédiction de toute une vie. Mieux vaut souffrir de l’enfance jusqu’à la vieillesse que d’être livré à soi-même et de trouver son plaisir dans le péché.

« Je souffre tes terreurs, je suis éperdu. » Une longue accoutumance n’avait pas émoussé le tranchant de la douleur ; les terreurs de Dieu n’avaient rien perdu de leur caractère redoutable. Au contraire, elles étaient devenues plus accablantes encore et avaient conduit cet homme au désespoir. Il était incapable de rassembler ses pensées ; il était si violemment ballotté qu’il ne pouvait juger ni peser sa propre situation d’une manière calme et raisonnable. La maladie seule suffit à jeter ainsi le trouble dans l’esprit ; et lorsqu’à cela s’ajoute le sentiment de la colère divine, il n’est pas étonnant que la raison ait peine à tenir les rênes. Il ne nous appartient pas de décider jusqu’à quel point l’abattement de l’âme peut parfois frôler la folie ; mais nous parlons de ce que nous savons lorsque nous disons qu’il suffirait parfois du poids d’une plume pour faire pencher la balance. Remerciez Dieu, ô vous qui êtes tentés et qui conservez pourtant votre raison ! Remerciez-le de ce que le diable lui-même ne peut ajouter cette plume tant que le Seigneur demeure présent pour tout régler. Même si nous avons frôlé l’écueil d’un complet égarement, nous bénissons le Pilote infiniment miséricordieux de ce que le navire tient encore la mer et répond toujours au gouvernail. Ballotté par la tempête depuis l’heure de sa mise à l’eau jusqu’à maintenant, il s’élève pourtant sur les vagues et brave l’ouragan.

Verset 16. — « Ta colère ardente passe sur moi. » Quelle expression : « colère ardente » ! Et c’est un homme de Dieu qui la ressent ! Cherchons-nous une explication ? C’est ainsi que les choses lui paraissaient ; mais « les nouvelles ne sont pas ce qu’elles semblent être ». Aucune colère punitive ne tombe jamais sur celui qui est sauvé, car Jésus l’en protège entièrement. Cependant, la colère d’un père peut tomber sur son enfant le plus cher, non pas malgré son amour, mais d’autant plus qu’il l’aime. Puisque Jésus a porté ma culpabilité à ma place, mon Juge ne peut me punir ; mais mon Père peut me corriger, et il le fera. En ce sens, le Père peut même manifester une « colère ardente » envers son enfant égaré ; et, sous le poids de ce sentiment, cet être cher et brisé peut être jeté dans la poussière et couvert de misère, tout en demeurant, pendant tout ce temps, agréé et aimé du Seigneur. Héman représente la colère de Dieu déferlant sur lui comme les vagues sur une épave. « Tes terreurs m’anéantissent. » Elles ont fait de moi un homme marqué ; elles m’ont donné l’impression d’être un lépreux séparé de l’assemblée de ton peuple, et elles ont amené les autres à me regarder comme si j’étais déjà mort. Béni soit Dieu, ce n’est là que l’idée que s’en fait celui qui souffre, et non la réalité ; car le Seigneur ne rejettera ni ne retranchera son peuple, mais il visitera ceux qui sont dans le deuil en leur accordant de précieux réconforts.

Verset 17. — « Elles m’environnent chaque jour comme des eaux. » Mes détresses et tes châtiments se sont déversés sur moi, pénétrant partout et noyant tout. Tel est le pouvoir pénétrant et envahissant de la détresse spirituelle : il est impossible de lui fermer l’accès. Elle imprègne l’âme comme la rosée imprégna la toison de Gédéon ; elle entraîne l’esprit vers le fond comme les sables mouvants engloutissent un navire ; elle le submerge comme le déluge recouvrit la terre verdoyante. « Toutes ensemble, elles m’encerclent. » Les douleurs l’enserraient de toutes parts. Il ressemblait au cerf traqué, lorsque les chiens l’entourent et sont déjà à sa gorge. Pauvre âme ! Et pourtant, c’était un homme tendrement aimé du ciel !

Verset 18. « Tu as éloigné de moi amis et compagnons. » Même lorsqu’ils sont physiquement près de moi, ils sont si incapables de nager avec moi dans des eaux aussi profondes qu’ils restent comme des hommes au loin sur le rivage, tandis que les vagues me battent. Mais, hélas ! ils m’évitent ; l’être le plus tendrement aimé s’effraie d’un homme aussi éperdu, et ceux qui autrefois tenaient conseil avec moi me fuient maintenant ! Le Seigneur Jésus connut toute l’amertume de cette expérience pendant sa passion. Dans une solitude effroyable, il foula le pressoir, et tous ses vêtements furent teints du sang rouge de ces raisins aigres. Une douleur solitaire échoit à beaucoup ; qu’ils ne murmurent pas, mais qu’ils entrent ainsi dans une communion intime avec cet ami bien-aimé qui n’est jamais loin des siens lorsqu’ils sont éprouvés. « Et mes connaissances dans les ténèbres », ou, mieux encore : « Les ténèbres sont ma seule connaissance. » Seule la tristesse m’est familière ; tout le reste a disparu. Je suis un enfant qui pleure seul dans l’obscurité. Le Père céleste y abandonnera-t-il son enfant ? Ici, le psalmiste s’interrompt, et tout ajout de notre part ne ferait que gâter la brusquerie de cette FIN inattendue.

[Nous n’avons pas tenté d’interpréter ce Psaume au sujet de notre Seigneur ; cependant, nous croyons pleinement que, là où se trouvent les membres, il faut voir la Tête d’une manière éminente. Donner une double exposition sous chaque verset aurait été difficile et source de confusion ; nous avons donc réservé les références messianiques aux Notes. Là, s’il plaît à Dieu le Saint-Esprit d’éclairer ces pages, nous avons rassemblé plus qu’il n’en faut pour amener chaque lecteur pieux à contempler Jésus, l’homme de douleur, habitué à la souffrance.]

Notes explicatives et sentences singulières

TITRE.---Mahalath Leannoth. J’incline à penser que les mots Mahalath Leannoth désignent un instrument de musique au son plaintif ; Kimchi et d’autres auteurs juifs partagent entièrement cette opinion. Ils affirment qu’il s’agissait d’un instrument à vent, très semblable à la flûte, principalement employé pour exprimer des sentiments de douleur dans les temps de grande affliction et de lamentation. Si l’on adopte cette interprétation du titre, je ne chercherais pas une nouvelle traduction, mais je le lirais, pour l’essentiel, comme nos traducteurs l’ont rendu ici : « Cantique ou Psaume pour les fils de Koré », au maître de chant, sur Mahalath Leannoth, instruction d’Héman, l’Ézrachite.

---John Morison.

Titre.---« Leannoth » est traduit de diverses manières, selon qu’on le fait dériver de עָנָה, anah, souffrir, être affligé, ou de עָנָה, anah, psalmodier, chanter. Gesenius, De Wette, le Dr Davies et d’autres adoptent la seconde interprétation, tandis que Mudge, Hengstenberg, Alexander et d’autres retiennent la première. Mudge traduit : pour produire l’abattement ; Alexander rend mahalath leannoth par : au sujet d’une maladie affligeante ; Hengstenberg lit : sur la détresse de l’oppression. La Septante (ἀποκριθήναι) et la Vulgate (respondendum) indiquent un chant responsorial, et Houbigant traduit les mots en question ainsi : pour les chœurs, afin qu’ils répondent. De nombreux étymologistes considèrent que l’idée première de עָנָה, anah, chanter, est celle de répondre. Cependant, puisque le ton du Psaume est manifestement celui de la tristesse et de l’abattement, il paraît plus probable que leannoth désigne le caractère proprement élégiaque de l’exécution. Le titre entier pourrait donc se lire ainsi : « Cantique ou Psaume pour les fils de Koré, au chef des musiciens, sur les flûtes — ou les instruments creux —, pour affliger — ou produire l’abattement — ; Psaume didactique d’Héman, l’Ézrachite. »

---F. G. Hibbard, dans « Les Psaumes disposés chronologiquement, avec des introductions historiques », New York, 1856.

Titre.---L’explication suivante : « à exécuter sur un ton plaintif et d’une voix contenue », s’accorde avec le contenu lugubre du Psaume, dont le ton est encore plus sombre que celui du Ps 77:1-20.

---Tiré de « Les Psaumes, par C. B. Moll. » [Série de commentaires de Lange.]

Titre.---Héman.

  1. David ne fut pas le seul homme à connaître de douloureux combats et l’affliction de l’esprit ; en voici un autre, à savoir Héman, l’Ézrachite, plongé dans une détresse spirituelle aussi profonde que lui ou que tout autre.

  2. Ceux qui connaissent la détresse de l’esprit et sont accablés par le sentiment de la colère de Dieu ne sont pas tous des hommes à l’intelligence faible et à l’esprit superficiel ; car voici Héman, l’un des hommes les plus sages de tout Israël — et qui, en sagesse, ne le cédait à personne, excepté au seul Salomon —, soumis à l’épreuve la plus pesante que nous puissions imaginer pour un saint.

  3. Lorsqu’il plaît à Dieu d’éprouver un homme d’intelligence, riche de grands dons et de nombreuses grâces, il peut proportionner son fardeau à sa force et lui donner autant à lutter contre les difficultés qu’il lui impose qu’un homme plus faible en rencontrera dans sa propre épreuve, comme le montre l’expérience d’Héman.

  4. Dans leur détresse, les sages doivent suivre la même voie que les hommes plus simples : ils doivent courir à Dieu comme les autres et ne chercher de secours que dans sa grâce. Car celui qui distribue les mesures de l’épreuve peut aussi accorder la consolation, le soulagement et la délivrance, comme nous l’enseigne la conduite d’Héman.

  5. La détresse d’un esprit blessé, éprouvée autrefois par certains enfants de Dieu, peut être ressentie de même, dans les générations suivantes, par d’autres qui lui sont chers. Tous les hommes doivent se préparer à une telle épreuve et ne pas la trouver étrange lorsqu’elle survient. Ils doivent plutôt se consoler en se rappelant que d’autres saints, dont les épreuves sont rapportées dans l’Écriture, ont connu une affliction semblable ; car le Psaume est destiné « à donner instruction » : c’est un Maskil d’Héman.

  6. Ce qui, à un certain moment, est pour l’un des enfants de Dieu un sujet de deuil peut devenir ensuite, pour lui-même comme pour les autres, un sujet de joie et de chant. Ainsi, la triste angoisse spirituelle d’Héman est devenue un cantique de joie pour la gloire de Dieu et la consolation, jusqu’à la fin du monde, de toutes les âmes affligées qui peinent sous le sentiment du péché et de la colère de Dieu qu’elles éprouvent : c’est un cantique, un Psaume pour les fils de Koré.

  7. Ceux qui sont le plus profondément affligés dans leur esprit et qui se réfugient en Dieu pour obtenir, par Christ, la réconciliation et la consolation n’ont aucune raison de soupçonner qu’ils ne sont ni estimés ni aimés comme de chers enfants sous prétexte qu’ils ressentent si vivement la colère de Dieu. Car voici un saint qui a bu à cette coupe — aussi profondément que quiconque lira ce Psaume — ; voici un homme tant aimé et honoré de Dieu qu’il fut l’un des auteurs de la Sainte Écriture et un modèle de foi et de patience pour les autres : Héman, l’Ézrachite.

---David Dickson.

Psaume entier.---« Dans ce Psaume, nous entendons la voix de notre Rédempteur souffrant », dit Horne ; son contenu peut se résumer brièvement ainsi :

  1. La lamentation plaintive de celui qui souffre, Ps 88:1-2. Elle ressemble fortement à Ps 22:1-2.

  2. Son âme profondément triste, jusqu’à la mort, Ps 88:3-5. Le mot « libre » dans notre version est חָפְשִׁי ; il désigne proprement la séparation d’avec les autres. Junius et Tremellius le rendent ici ainsi : « mis à l’écart de toute relation et de toute communication avec les hommes, n’ayant rien de commun avec eux, comme ceux qui sont atteints de la lèpre et envoyés dans des demeures séparées ». Ils citent 2Ch 26:21.

  3. Son sentiment de l’enfer, Ps 88:6-7. Car il ressent la prison de Dieu et l’obscurité de sa colère la plus ténébreuse. Et « Sélah » donne le temps de méditer.

  4. Son sentiment de honte et d’impuissance, Ps 88:8. « Les siens ne le reçoivent pas. »

  5. Les effets de l’agonie de l’âme sur son corps, Ps 88:9.

  6. Sa soumission au Seigneur, Ps 88:9. C’est le ton même de Gethsémané : « Toutefois, non pas ma volonté ! »

  7. L’espérance de la résurrection qui le soutient, Ps 88:10 — avec une pause solennelle : « Sélah » —, Ps 88:11-12. Le « pays de l’oubli » et « les ténèbres » désignent le monde invisible, si inconnu de ceux qui se trouvent encore de ce côté du voile. Ceux qui y entrent sont pour nous comme s’ils avaient été à jamais oubliés par ceux qu’ils ont laissés derrière eux. Les merveilles de Dieu y seront révélées. La victoire sera remportée sur la mort et le tombeau : la « bonté » de Dieu envers l’homme et sa « fidélité » l’engagent à accomplir cette chose nouvelle dans l’univers. Le Messie doit revenir des demeures du monde invisible ; et, au temps fixé, Héman, ainsi que tous les autres membres du corps du Messie, doit lui aussi revenir. Oui, les merveilles de Dieu seront connues à l’entrée du tombeau. La justice de Dieu, qui a fourni ce qui satisfaisait la justice en faveur des membres du Messie, a été glorieusement manifestée ; la résurrection doit donc suivre, et le pays de l’oubli doit rendre ses morts. Ô matin d’une félicité incomparable, hâte-toi de venir ! Le Messie est ressuscité ; quand tous ceux qui lui appartiennent ressusciteront-ils ? Jusqu’à l’aube de ce jour, ils doivent reprendre les plaintives interpellations de leur Chef et rappeler à leur Dieu, dans les accents d’Héman, ce qu’il lui reste encore à accomplir : « Feras-tu des prodiges pour les morts ? », etc.

  8. Sa persévérance dans une prière véhémente, Ps 88:13-14.

  9. Ses souffrances multiples et prolongées, Ps 88:15-17.

  10. La solitude de son âme, Ps 88:18.

Hengstenberg traduit plus littéralement la dernière proposition de ce verset : « Le sombre royaume des morts tient lieu de tous mes compagnons. » Quelles ténèbres inexprimables ! Elles sont portées à leur comble par cette ultime ombre obscure : toute compassion, d’où qu’elle puisse venir, lui est entièrement retirée ! Quel abandon, en vérité ! Il s’enfonce de ténèbres en ténèbres, d’un abîme dans un autre ; chaque flot passe sur lui, et la colère, telle une montagne immense, « s’appuie » sur le vermisseau écrasé ou fait peser sur lui tout son poids. Le Psaume 22 lui-même n’inspire pas une solennité plus redoutable, car, dans ce psaume d’une si profonde tristesse, une seule lueur réconfortante perce les épaisses ténèbres : l’espérance de la résurrection, encore lointaine. C’est à ce prix que le salut fut acquis par celui qui est la résurrection et la vie. Lui-même a lutté pour obtenir la vie et la résurrection en notre nom — et c’est parce que ce prix a été payé que le salut nous est offert gratuitement. Ainsi, avec une joie solennelle, nous entendons Héman faire vibrer la harpe de Juda afin de remplir nos âmes de crainte, non par le récit de ses propres douleurs, mais par ce que Horsley appelle « La lamentation du Messie », ou, plus pleinement encore, Les jours et les nuits douloureux de l’Homme de douleurs.

---Andrew A. Bonar.

Psaume entier. — Ce psaume est unique dans tout le Psautier par ses ténèbres sans éclaircie et par le désespoir de sa tristesse. Même les plus affligés des autres psaumes, tout comme les Lamentations elles-mêmes, connaissent quelques changements de ton, quelques accents d’espérance ; ici seulement, tout demeure obscur jusqu’à la fin.

---Neale et Littledale.

Psaume entier. — Dans le psaume précédent, la prophétie de la conversion de toutes les nations est suivie de ce psaume de la Passion, afin que nul n’oublie jamais que Dieu s’est acquis une Église universelle par le sang précieux de son Fils bien-aimé.

---Christopher Wordsworth.

Psaume entier. — Toutes les détresses et toutes les douleurs décrites dans ce psaume, dit Brentius, ont été le lot du peuple de Christ. Nous pouvons donc, ajoute-t-il, considérer ce psaume comme appartenant à la fois à Christ et à son Église.

---W. Wilson.

Verset 1. — « Mon. » Ce petit mot, « mon », ouvre un instant, entre les nuages, une brèche par laquelle le Soleil de justice lance un unique rayon. En règle générale, vous constaterez que lorsqu’un psaume commence par une lamentation, il s’achève par une louange ; tel le soleil qui, s’étant levé parmi les nuages et la brume, se couche dans l’éclat, projetant ses derniers rayons juste avant de disparaître. Mais ici, la première lueur traverse le ciel au moment même où le soleil se lève ; à peine ce rayon a-t-il paru que d’épais nuages et de profondes ténèbres se rassemblent sur lui. Le soleil poursuit toute sa course enveloppé de nuées et finit par se coucher derrière un amas de nuages plus épais que tous ceux qui l’avaient entouré durant le jour. « Tu as éloigné de moi amis et compagnons ; mes connaissances sont dans les ténèbres. » Derrière quel sombre nuage se couche le soleil d’Héman !

---J. C. Philpot.

Verset 1. — « Devant toi. » Il n’avait pas inconsidérément répandu ses plaintes ni ne les avait jetées au vent, comme le font beaucoup de ceux qui n’ont aucun espoir dans leurs malheurs ; mais il avait toujours mêlé à ses plaintes des prières pour obtenir la délivrance, et il les avait adressées à Dieu, là où la foi lui donnait l’assurance qu’elles seraient entendues. Il faut y prêter une grande attention, car cela nous révèle la nature des plaintes des saints.

---Mollerus.

Verset 1. — « Devant toi. » Les autres hommes cherchent quelque cachette où ils puissent murmurer contre Dieu ; mais le psalmiste entre dans la présence du Seigneur et lui expose ses griefs. Lorsqu’un homme ose répandre sa plainte devant la face même du Seigneur, ses souffrances sont réelles et ne procèdent ni de l’irritabilité ni d’un esprit rebelle.

---C. H. S..

Versets 1-2. — Devant toi. Il ne cherche pas à être vu des hommes, mais de Dieu seul ; c’est pourquoi : Que ma prière parvienne devant toi, c’est-à-dire qu’elle soit agréée de toi, comme le sont des ambassadeurs admis en audience ; et lorsque ma prière sera entrée, incline ton oreille vers mon cri, car tu entends le désir des affligés.

---Richardus Hampolus.

Verset 2. — « Incline ton oreille, » etc. Il faut que Dieu incline son oreille vers notre prière, sans quoi il serait vain de nous présenter devant lui. Le fils prodigue ne se risqua pas à présenter sa requête avant que son père eût couru se jeter à son cou et l’embrasser. Alors seulement il dit, en Luc 15.21 : « Mon père, j’ai péché contre le ciel et envers toi », etc.... et il obtint ainsi miséricorde. Esther ne présenta pas sa requête à Assuérus avant qu’il fût descendu de son trône et se fût incliné vers elle. Est 5.2, etc.

---Le Blanc.

Verset 3. — « Mon âme est rassasiée de maux. » Le Seigneur Jésus s’est dépouillé de sa gloire afin d’être rempli de souffrances. Son âme, exempte du péché humain, fut remplie des détresses humaines, afin que nous, qui sommes remplis de péché, soyons délivrés de la détresse ; sa vie s’approcha des terreurs du monde invisible, afin que nous n’en devenions ni le butin ni la proie.

---« Commentaire simple »

Verset 3. — « Mon âme est rassasiée de maux. » Écoutez dans quel abîme de détresse spirituelle trois dignes serviteurs de Dieu, en ces temps plus récents, furent plongés et accablés sous le sentiment de la colère divine contre le péché. La bienheureuse Mme Brettergh, sur son lit de mort, fut affreusement assiégée par les douleurs de la mort ; les tourments mêmes de l’enfer saisirent son âme ; un désert mugissant de souffrance était en elle, comme elle le confessa elle-même. Elle disait que son péché avait fait d’elle une proie de Satan ; elle souhaitait ne jamais être née, ou avoir été créée sous quelque autre forme plutôt que femme. Elle s’écriait à maintes reprises : Malheur, malheur, malheur ! etc. ; pauvre femme faible, misérable, affligée et abandonnée, tandis que les larmes coulaient continuellement de ses yeux. Maître Peacock, cet homme de Dieu, durant cette terrible épreuve et ce sentiment d’abandon, énuméra certains de ses moindres péchés, puis s’écria : « Et à cause de ceux-ci, dit-il, je ressens maintenant l’enfer dans ma conscience. » En d’autres occasions, il criait, en poussant les gémissements les plus pitoyables : « Hélas ! quel misérable je suis ! Oh ! mon cœur est dans la détresse ! Oh ! oh ! que je suis misérable et malheureux ! Le fardeau de mon péché pèse si lourdement sur moi que je crains qu’il ne brise mon cœur. Oh ! combien mon état est malheureux et misérable, puisque les chiens de l’enfer me poursuivent ! » Lorsque les assistants lui demandèrent s’il voulait prier, il répondit : « Je ne le peux pas. » Permettez-nous donc, dirent-ils, de prier pour vous. « Ne prenez pas, répondit-il, le nom de Dieu en vain en priant pour un réprouvé. »

Quelles cruelles angoisses, quels douloureux tourments, quelles brûlantes ardeurs du feu de l’enfer ce bienheureux saint de Dieu, John Glover, ressentit intérieurement dans son esprit, dit Foxe, aucune parole humaine ne saurait l’exprimer. J’étais jeune, dit-il, lorsque je me trouvai une ou deux fois avec lui ; tant par ses propos que par ce que je vis de mes propres yeux, je compris qu’il avait été, durant cinq années, tellement épuisé et consumé qu’il ne lui restait presque plus ni capacité à supporter la nourriture, ni tranquillité dans le sommeil, ni plaisir dans la vie, ni même presque aucune sensibilité. Parce qu’il se croyait coupable de quelque recul spirituel, il était si profondément troublé que, s’il s’était trouvé dans la fosse la plus profonde de l’enfer, il n’aurait guère pu désespérer davantage de son salut. Au milieu de ces intolérables souffrances de l’esprit, dit-il, bien qu’il ne trouvât et ne pût trouver aucun plaisir à manger, il se contraignait pourtant à prendre de la nourriture malgré son manque d’appétit, afin de retarder autant que possible le moment de sa damnation ; car il pensait en lui-même qu’il serait inévitablement jeté en enfer dès que le souffle aurait quitté son corps. Je n’ose abandonner ce sujet, de peur que quelque enfant de Dieu ne s’en trouve découragé, sans vous avoir d’abord appris que chacun de ces trois croyants finit par être merveilleusement rétabli et remonta glorieusement des abîmes particuliers de son extrême détresse spirituelle avant de parvenir à sa fin.

Écoutez donc les chants de triomphe et les transports spirituels de Mme Brettergh, après le retour de son bien-aimé : « Ô Seigneur Jésus, pries-tu pour moi ? Ô Sauveur béni et plein de douceur, quelle merveille ! Que tes compassions sont merveilleuses ! Oh ! ton amour est inexprimable ; tu as agi envers moi avec tant de grâce ! Ô mon Seigneur et mon Dieu, béni soit à jamais ton nom, toi qui m’as montré le chemin de la vie. Tu m’as, ô Seigneur, caché ta face pour un peu de temps, mais tu as eu compassion de moi dans ta miséricorde éternelle. Et maintenant, Seigneur béni, ta présence consolatrice est revenue ; oui, Seigneur, tu as porté tes regards sur ta servante, et tu es venu avec une plénitude de joie et une abondance de consolation. Ô béni soit ton nom, mon Seigneur et mon Dieu ! Oh ! quelles joies je ressens dans mon âme ! Elles sont merveilleuses. Ô Père, combien tu es miséricordieux envers moi, combien ta grâce est merveilleuse ! Oui, Seigneur, je ressens ta miséricorde et je suis assurée de ton amour ; j’en suis aussi certaine que tu es le Dieu de vérité. Je sais avec une égale assurance que je suis à toi, ô Seigneur mon Dieu, et mon âme le sait parfaitement. Béni soit le Seigneur, qui m’a ainsi consolée et m’a maintenant conduite en un lieu qui m’est plus doux que le jardin d’Éden. Oh ! quelle joie, quelle joie délicieuse je ressens ! Ô louez le Seigneur pour ses compassions et pour cette joie que mon âme éprouve si pleinement ; louez son nom aux siècles des siècles.

Écoutez avec quel calme céleste et quelles douces consolations le cœur de Maître Peacock fut réconforté et ravi lorsque la tempête fut passée : « En vérité, mon cœur et mon âme, dit-il lorsque la tourmente se fut quelque peu apaisée, ont été entraînés bien loin et profondément troublés par les tentations et les aiguillons de la conscience ; mais je remercie Dieu de ce qu’ils en sont délivrés dans une bonne mesure. C’est pourquoi je désire ne pas être flétri du nom de rejeté ou de réprouvé. Je renonce à toutes ces questions, à toutes ces objections et à tout ce qui y tend. Quant aux paroles irréfléchies que j’ai prononcées durant ma tentation, j’en demande humblement et de tout cœur pardon à Dieu. » Peu à peu, une lumière plus grande se leva ensuite dans son cœur, et il s’écria en ces termes : « Dieu soit loué, j’éprouve à la suite de cette… comment l’appellerai-je ?… un tel réconfort ! » « Agonie », dit l’un de ceux qui se tenaient près de lui. « Non, répondit-il, ce mot est trop faible ; quand bien même je posséderais cinq cents mondes, je ne pourrais offrir une satisfaction digne d’un pareil dénouement. Oh ! la mer n’est pas plus remplie d’eau, ni le soleil de lumière, que le Seigneur ne l’est de miséricorde ; oui, ses compassions le sont dix mille fois davantage. Quelle grande raison j’ai de magnifier l’immense bonté de Dieu, qui a humilié un misérable aussi indigne et d’une condition si basse, pour l’élever à un état si glorieux et si noble ! Le Seigneur m’a honoré de sa bonté ! Je suis certain qu’il m’a préparé un royaume glorieux. La joie que je ressens dans mon cœur est incroyable. » Quant au troisième, à savoir John Glover, écoutez M. Foxe : « Bien que ce bon serviteur de Dieu ait souffert pendant de longues années de tentations si cruelles et des assauts violents de Satan, le Seigneur, qui le conserva dans sa grâce pendant tout ce temps, non seulement finit par le délivrer de toute détresse, mais se servit encore de ces épreuves pour produire en lui une mortification de la vie telle qu’on en a rarement vu de semblable. Il était comme un homme déjà placé dans le ciel et mort à ce monde, tant dans ses paroles que dans ses pensées ; il menait une vie entièrement céleste et avait en horreur, au fond de son âme, toute conduite profane. »

---Robert Bolton (1572-1631), dans « Instructions pour bien consoler les consciences affligées ».

Verset 3.---« Ma vie. » Le mot hébreu rendu par vie est au pluriel, comme dans Gn 2:7 ; 3:14, 17 ; 6:17 ; 7:15, etc. On ne peut plus savoir avec certitude pourquoi le pluriel était employé à propos de la vie. C’était peut-être pour s’accorder avec le fait que l’homme possède deux sortes de vie : la vie animale, c’est-à-dire celle qu’il partage avec les créatures inférieures, et la vie intellectuelle, ou supérieure, c’est-à-dire la vie de l’âme. Le sens est ici qu’il était sur le point de mourir, ou que sa vie, ou ses vies, approchaient de cet état où le tombeau se referme sur nous : l’extinction de la simple vie animale et la séparation de l’âme — la partie immortelle — d’avec le corps.

---Albert Barnes.

Verset 3.---« Le tombeau. » Le mot qui est rendu par « enfer » dans la traduction du Livre de la prière commune, et par « tombeau » dans la version biblique, et qui est habituellement traduit soit par enfer, soit par tombeau, est en hébreu שְׁאֹל, et en grec « Hadès ». « Hadès » signifie « le monde invisible ». Le mot « Shéol » signifie littéralement « le Dévorant » ou « l’Insatiable ». (Comparez Ha 2:5) « Il élargit son désir comme le séjour des morts ; il est comme la mort et ne peut être rassasié » ; ainsi que Pr 30:15-16. Le « Shéol » semble s’être présenté à l’esprit des anciens Hébreux comme un séjour sombre, silencieux, inévitable et mystérieux, situé dans les profondeurs de la terre, où les âmes des défunts étaient contraintes de se rendre et de demeurer après avoir été séparées du corps (És 14:9-20). Ils croyaient que les esprits de tous les hommes y étaient retenus dans l’attente, et qu’y habitaient tout particulièrement les âmes des géants d’avant le déluge (1 P 3:19-20), ainsi que celles des puissants des temps anciens, les Rephaïm, qu’ils se représentaient comme des spectres effrayants et gigantesques (comparez Pr 2:18). Ces conceptions se modifièrent et se développèrent à mesure que l’enseignement divin devenait plus clair ; ils divisèrent alors le séjour des morts en différents états : d’une part, un état d’espérance et de consolation, qu’ils appelaient le sein d’Abraham et le paradis (Lc 16:22-23 ; 23:43) ; d’autre part, un état de misère et de souffrance (Pr 3:1). La vie et l’immortalité furent mises en lumière par le Sauveur, de même que le jugement et l’enfer — la Géhenne du châtiment éternel —, distingué du monde invisible (comparez Ap 20:13-14). C’est à partir de ces spéculations des rabbins juifs concernant le Shéol que l’Église de Rome paraît avoir élaboré la doctrine du purgatoire. Il faut ajouter que, parmi les adeptes de l’enseignement rabbinique, l’opinion communément admise était que tous les descendants d’Abraham, bien qu’ils dussent habiter le Shéol avant la résurrection générale, échapperaient finalement à la Géhenne du feu éternel. L’homme riche (Lc 16:23) est dans l’Hadès, au milieu des tourments, lorsqu’il appelle Abraham son père.

---« Commentaire simple »

Verset 4.---« Je suis compté parmi ceux qui descendent dans la fosse. » Ce n’est pas seulement moi-même, dit-il, mais les autres aussi qui désespèrent maintenant de me voir vivre et me rangent parmi ceux dont les cadavres sont emportés pour être ensevelis. Car toutes mes forces ont désormais défailli, et mes esprits vitaux se sont éteints. Il emploie le mot גֶּבֶר, qui exprime la vigueur, plutôt que אָדָם ou אִישׁ, afin de montrer combien ces maux étaient cruels et combien ses douleurs étaient violentes, puisqu’elles avaient brisé même un homme des plus robustes.

---Mollerus.

Verset 4.---« Je suis compté parmi ceux qui descendent dans la fosse. » Après les souffrances de l’âme de Christ sont mentionnées la honte et l’ignominie auxquelles il se soumit. Lui qui était la source de l’immortalité, à qui personne ne pouvait ôter la vie, qui aurait pu en un instant appeler à son secours douze légions d’anges, ou faire fuir devant lui le ciel et la terre d’une seule parole, il fut compté parmi ceux qui descendent dans la fosse. Selon toute apparence, il mourut comme le reste des hommes ; bien plus, il fut mis à mort par la violence, comme un malfaiteur, et sembla être, entre les mains de ses bourreaux, comme un homme sans force, sans puissance ni capacité de se secourir et de se sauver lui-même. Sa force l’abandonna ; il devint faible et semblable à un autre homme. Le peuple hochait la tête en disant : « Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même. »

---Samuel Burder.

Verset 4.---Il y a dans l’original une antithèse que la simple traduction ne peut rendre, car le premier mot employé pour désigner l’homme implique l’idée de force.

---J. A. Alexander.

Verset 5.---« Libre parmi les morts. » Au verset précédent, il avait dit qu’il s’était approché tout près de la mort ; maintenant, il est véritablement mort. Là, il était sur le point d’être enseveli ; ici, il est déposé dans le sépulcre : ses souffrances s’étaient ainsi accrues. Le mot libre doit s’entendre par rapport aux affaires de cette vie, comme lorsqu’il est dit en Jb 3:19 : « Et le serviteur est libre à l’égard de son maître. »

---Martin Bucer, 1491-1551.

Verset 5.---« Libre parmi les morts. » בַּמֵתִים חָפשּׁיִ, bammethim chophshi, signifie plutôt, à mon avis, dépouillé parmi les morts. Le quatrième et le cinquième verset semblent tous deux faire allusion à un champ de bataille : les morts et les blessés sont dispersés dans la plaine ; les pillards viennent parmi eux et dépouillent non seulement les morts, mais aussi ceux qui paraissent mortellement blessés, incapables de se rétablir et trop faibles pour résister. C’est pourquoi le psalmiste dit : « Je suis comme un homme qui n’a plus de force. » Ps 88:4.

---Adam Clarke.

Verset 5.---Libre. Tant que nous sommes dans la chair, il n’y a aucune exemption, aucune trêve ; une agitation continuelle nous accable. La liberté nous est donc accordée après la mort, parce que nous nous reposons de nos travaux.

---Franciscus Vatablus.

Verset 5.---« Retranché de ta main. » Gardez-vous de jamais vous considérer comme retranché de la vie et de ses joies. Vous n’êtes pas retranché, mais seulement mis à part, placé de côté, peut-être pour un temps, peut-être pour toute la vie ; mais vous demeurez une partie du corps dont Christ est la Tête. Les uns doivent souffrir et les autres servir, mais chacun est nécessaire aux autres : « le corps tout entier, bien coordonné, tire son accroissement de ce que chaque jointure lui fournit » ; « l’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous » (Ép 4:16 ; 1 Co 12:21). Vos pieds peuvent être immobilisés ; peut-être couraient-ils autrefois avec une grande agilité, et vous vous affligez maintenant parce qu’ils ne peuvent plus courir. Mais ne vous attristez pas ainsi ; n’enviez pas ceux qui courent. Vous avez une œuvre à accomplir ; ce peut être l’œuvre de la tête ou celle de l’œil, mais c’est assurément l’œuvre que Dieu vous donne. Ce peut être l’œuvre qui consiste à rester étendu sans bouger, sans remuer ni main ni pied, à parler à peine, à donner à peine signe de vie. Ne craignez pas : si votre Maître céleste vous l’a donnée à accomplir, c’est son œuvre, et il la bénira. Ne murmurez pas. Ne dites pas : Ceci est une œuvre, mais cela n’en est pas une ; qu’en savez-vous ? Quelle œuvre, pensez-vous, Daniel accomplissait-il dans la fosse aux lions ? Ou Shadrac, Méshac et Abed-Nego dans la fournaise ardente ? Leur œuvre était glorieuse, « digne de louange et d’honneur » : ils glorifiaient Dieu par leurs souffrances.

---Extrait de « La maladie, ses épreuves et ses bénédictions ». (Anonyme) 1868.

Verset 6.---« Tu m’as déposé dans la fosse la plus profonde », etc. Il développe sa pensée au moyen d’une autre comparaison. Il se compare à un captif jeté dans une fosse profonde, infecte, obscure et boueuse, où il est enfermé et plongé dans la fange et les ténèbres, sans qu’il lui reste le moindre espoir ni la moindre vie, à la manière des souffrances de Jérémie (Jr 37:1-21). Par cette comparaison, il veut dire qu’il était plongé dans les plus grandes angoisses et les plus profondes douleurs de l’esprit, privé de toute espérance et de tout sentiment de consolation, tandis que les terreurs de la mort croissaient et s’intensifiaient continuellement.

---Mollerus.

Verset 6.---Lorsqu’un saint est accablé par le sentiment terrible de la colère infinie de l’Éternel, il ne peut qu’éprouver une profonde épouvante de conscience et se trouver plongé dans les abîmes angoissants du trouble intérieur. Le sentiment qu’il a de la colère vengeresse provoque dans son esprit un conflit d’une agonie et d’une horreur inexprimables. Lorsque sa conscience troublée s’embrase au sentiment de l’indignation ardente du Dieu tout-puissant, plus il pense à lui comme à son ennemi infini, plus il est consterné : chaque pensée de Lui lui apporte de funestes nouvelles et verse de l’huile sur la flamme déchaînée. Le trouble de conscience causé par le péché est certes profondément inquiétant ; mais le sentiment de la colère punitive de Dieu, allumée dans la conscience, est plus redoutable encore. Aucun mot ne saurait exprimer l’effroyable angoisse qu’éprouve alors l’âme privée de consolation. En cet instant, le chrétien ne peut concevoir une seule pensée qui puisse l’apaiser ou le réjouir. La première pensée qui lui vient torture son esprit blessé ; il l’échange contre une autre, et celle-ci le tourmente davantage encore. Il se trouve pris comme au milieu d’un fourré d’épines, de sorte que, de quelque côté qu’il se tourne, il est de nouveau transpercé et affligé. Cette sombre pensée surgit souvent dans son esprit troublé : si la mort devait le surprendre dans son état présent et l’emporter, il sombrerait pour toujours et à jamais sous l’intolérable colère de l’Éternel infini. Les tourments corporels les plus atroces ne sont presque rien en comparaison de l’angoisse de son esprit en de tels moments. Oh ! combien inconcevables sont l’angoisse et l’agonie, surtout pour une âme sainte, lorsqu’elle lutte contre la terrible colère du Dieu éternel ! Même le supplice corporel de la crucifixion ne put arracher au saint Jésus le moindre soupir ni la moindre plainte ; mais le sentiment, dans son âme, de la colère de son Père lui arracha cette lamentable exclamation : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ! »

---John Colquhoun, dans « Traité de la consolation spirituelle », 1814.

Verset 7.---« Ta colère pèse lourdement sur moi. » D’autres traduisent : se soutient elle-même, ou s’appuie de tout son poids sur moi ; c’est comme si un géant faisait peser tout son poids sur un enfant.

---Thomas Goodwin.

Verset 7.---Certains ressentent la colère de Dieu dans leur âme et leur conscience, sans être pourtant sous cette colère, car ils sont de véritables saints de Dieu. Vous en avez des exemples en Paul, ce vase choisi par Dieu pour porter le nom de Jésus parmi les païens : il connut des combats au-dehors et des terreurs au-dedans. Hémân l’Ézrachite disait : « Les vagues de l’indignation du Seigneur ont passé par-dessus ma tête, au point qu’elles semblent vouloir me noyer ; je souffre de terreurs et de doutes depuis ma jeunesse même, sans jamais pouvoir m’en délivrer. » Tous deux étaient pourtant de chers enfants de Dieu. Maintenant, si tu ne ressens que colère et si tu demandes comment juger de ton état tandis que tu portes une colère si lourde que, mise dans la balance avec tout le sable de la mer, elle l’emporterait ; si un tel feu brûle dans ta conscience que le fer et l’airain, jetés dans cette fournaise, fondraient, incapables d’y résister : comment sauras-tu alors que Dieu t’aime et qu’il t’a choisi pour la vie éternelle ? Je te le dis : si tu es un enfant élu de Dieu et un vase de miséricorde, voici quelles seront tes dispositions sous le sentiment de cette colère. Premièrement, tu haïras et détesteras ton péché, qui est la cause de ta misère et t’a plongé dans cette douleur. Deuxièmement, tu éprouveras quelque affliction et quelque tristesse à cause de ton péché, et tu te lamenteras d’avoir provoqué la colère de Dieu contre toi. Troisièmement, tu désireras être réconcilié avec Dieu ; tu souhaiteras ardemment être en paix avec lui, afin que tes péchés soient ôtés de devant ses yeux. Quatrièmement, tu auras faim et soif du sang de Christ pour éteindre cette colère, et de sa justice pour couvrir ton âme. Cinquièmement, tu attendras patiemment la délivrance du Seigneur ; et lorsque tu ne pourras parvenir à cette assurance, tu espéreras néanmoins contre toute espérance et tu diras avec Job (Job 13.15) : « Seigneur, je me confierai en toi, quand même tu me tuerais. »

---John Welch.

Verset 8.---Il est des moments où une tristesse inexprimable s’insinue en moi, où une immense solitude s’empare de mon âme ; peut-être est-ce le désir qu’une main et une voix désormais disparues viennent me consoler comme autrefois. C’est une désolation informe et vide qui m’enveloppe de ses replis et obscurcit le plus profond de mon être. Il n’en était pas ainsi aux premiers jours de ma maladie. Tout était alors si nouveau et si étrange qu’une force spirituelle extraordinaire remplissait mon âme et semblait me soutenir comme par des mains angéliques. L’amour et la bonté que ma maladie suscitait me parvenaient comme une douce surprise ; une tendre sollicitude faisait de ma souffrance même une occasion de joie ; l’espérance était forte et la guérison proche : quelques brèves semaines seulement me séparaient du retour à la santé, et rien ne devait subsister de la maladie, sinon le souvenir de tout cet amour et de toute cette compassion, semblable à un sillon de lumière laissé par les pieds de mon Sauveur tandis qu’il marchait avec moi sur la mer agitée.

Mais maintenant que l’espérance est différée, que le retour à la santé semble s’attarder en chemin, que la guérison tarde et que l’épreuve s’allonge comme une chaîne sans cesse prolongée, mon âme commence à défaillir et à se lasser, et le fardeau devient plus lourd. Même pour ceux qui m’aiment le plus, ma souffrance et mon impuissance sont désormais devenues choses habituelles ; pour moi, cependant, la douleur conserve tout son tranchant, à peine émoussé par l’habitude. Mes maux sont pour eux une fastidieuse histoire maintes fois racontée, qui revient avec une morne répétition. Il est presque devenu naturel que je sois exclue de tout projet agréable, que je sois laissée en arrière lors de toute promenade plaisante ; naturel que les joies de la vie passent à côté de moi, les bras croisés et le visage détourné, tandis que la maladie, les jours monotones et les ombres grises deviennent mon partage....

Et, ô mon Dieu, mon esprit défaille parfois sous une crainte sans nom : celle de voir cette solitude s’approfondir encore et toujours, si ta volonté est que ma maladie se prolonge ou que ma guérison tarde longtemps. Je ne peux plus être la compagne de ceux que j’aime ; leur serai-je aussi chère que si j’avais pu demeurer à leurs côtés et prendre part à tous leurs intérêts et plaisirs actifs ? Il me faut voir d’autres personnes prendre ma place et accomplir pour eux mon travail ; ne perdrai-je pas de mon prix à leurs yeux, et d’autres n’entreront-ils pas dans l’héritage d’amour qui aurait pu être le mien ? Ne se lasseront-ils pas de moi, de ces mêmes vieux maux si souvent répétés et pourtant toujours nouveaux, pour se tourner, avec un inconscient sentiment de soulagement, vers des cœurs plus lumineux et des vies plus joyeuses ?

Mon Dieu, mon Dieu, vers qui puis-je me tourner pour trouver du réconfort, sinon vers toi ? Toi qui as bu jusqu’à la lie la coupe amère de la solitude humaine, afin de devenir le frère de ceux qui sont seuls, le souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle de l’âme désolée ; toi qui seul peux franchir les portes fermées à toute aide humaine et pénétrer dans ce lieu secret du tonnerre, où l’âme battue par la tempête souffre et lutte seule ; toi qui seul peux commander aux vents et aux tempêtes, dire à la mer : « Tais-toi ! » et au vent : « Ne souffle plus ! », et alors il se fait un grand calme. Comme un enfant seul dans l’obscurité, mon cœur crie vers toi ; il réclame tes bras qui l’enlacent, ta voix consolatrice, ton cœur transpercé sur lequel reposer ma tête endolorie et sentir que l’Amour est proche.

---Extrait de « Christ le Consolateur. Livre de réconfort pour les malades. » (Anonyme), 1872.

Verset 8.---« Tu as éloigné de moi ceux que je connaissais. » Cette tempête d’afflictions est d’autant plus pesante que, premièrement, tous ceux que je connaissais se sont éloignés de moi, comme les hirondelles en hiver : Pr 14.20. Le pauvre est haï même de son prochain, mais le riche a beaucoup d’amis. Sénèque donne ce sage avertissement : Les mouches suivent le miel, les loups les cadavres, les fourmis la nourriture ; la foule suit le salaire, non l’homme. Job disait (Job 19.13) : « Il a éloigné de moi mes frères, et ceux qui me connaissaient sont devenus pour moi de véritables étrangers. Mes proches m’ont abandonné, et mes amis intimes m’ont oublié. » Deuxièmement, non seulement les hommes s’éloignent souvent de l’affligé, mais ils ajoutent eux-mêmes à sa détresse et précipitent la chute de sa fortune. Lorsqu’un homme riche commence à tomber, ses amis le soutiennent ; mais lorsqu’un pauvre est à terre, ceux qui prétendaient autrefois l’aimer le repoussent.

---Le Blanc.

Verset 8.---Tu as fait de moi un objet d’abomination pour eux : litt., « des abominations », comme si je n’étais qu’une énorme masse d’abominations. (Gn 46.34 ; Gn 43.32.) De même qu’Israël était en abomination aux Égyptiens, ainsi le Messie, l’Israël antitypique, était en abomination au monde.

---A. R. Fausset.

Verset 8.---Un objet d’abomination. Comme un homme impur, exclu des relations sociales ; Gn 46.34. Comparez Job 9.31 ; 19.19 ; 30.10. « Je ne puis sortir. » L’homme soupçonné d’être lépreux était « enfermé pendant sept jours » ; Lv 13.4.

---William Kay.

Verset 9.---« Mon œil se consume de douleur, »... « Je t’ai invoqué. » Les pleurs ne doivent pas empêcher la prière ; il nous faut semer avec larmes : « Mon œil se consume », mais « je crie à toi chaque jour ». Que prières et larmes aillent ensemble, et elles seront ensemble agréées : « J’ai entendu tes prières, j’ai vu tes larmes. »

---Matthew Henry.

Verset 9.---Le premier membre de phrase semble signifier littéralement la douleur et l’obscurcissement de la vue causés par des pleurs excessifs ; beaucoup de commentateurs l’entendent ainsi, et Lorinus cite fort à propos, pour l’illustrer, un poète latin, Catulle :---

Moesta neque assiduo tabescere lumina fletu Cessarent.
Et mes yeux attristés ne pouvaient cesser De se consumer en larmes continuelles.

---Commentaire de Neale.

Verset 10.---Il a l’assurance que Dieu ne manquerait pas de le consoler avant sa mort ; et, bien plus, que le Seigneur préférerait le ressusciter miraculeusement d’entre les morts plutôt que de ne pas se glorifier par sa délivrance. En cela aussi, il suit une voie sûre, car il recherche ce qu’il peut attendre par les voies ordinaires plutôt que d’espérer des miracles.

---David Dickson.

Verset 10.---« Les morts se lèveront-ils pour te louer ? » Loin d’être un argument contre la résurrection, cette question constitue, dans la bouche même du Messie, l’un des plus puissants plaidoyers en sa faveur : autrement, l’homme serait privé du salut, et Dieu de la louange que les rachetés lui rendront pour ce salut durant toute l’éternité. Tu ne peux accomplir de prodiges en faveur des morts tant qu’ils demeurent tels, car « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Mt 22:32). Et même si tu leur montrais tes prodiges, ce n’est qu’en revenant à la vie qu’ils pourraient t’en louer dignement.

---A. R. Fausset.

Verset 10.---« Les morts. » Le mot vient d’une racine qui exprime ce qui est faible et languissant, tout en évoquant ce qui est étendu de tout son long. Il peut donc servir à désigner aussi bien les formes indistinctes du monde souterrain que les géants et les héros des temps anciens.

---Carl Bernhard Moll, dans le Commentaire de Lange.

Verset 10.---« Les morts. » Un examen attentif ne laisse guère de doute : les morts étaient appelés Rephaïm — comme Gesenius le laisse lui aussi entendre — parce que l’on considérait le shéol comme la demeure des esprits déchus ou des géants ensevelis.

---F. W. Farrar, dans le Dictionnaire de la Bible de Smith.

Versets 10-11.---Mon âme pourra-t-elle jamais croire que je vivrai dans ta faveur, dans ta grâce gratuite et ta bienveillance, que je serai justifié par elle, que je pourrai me considérer comme un homme vivant dont tous les péchés sont pardonnés ? Cela, dit-il, est un prodige aussi grand que de ramener un homme de la mort à la vie ; c’est pourquoi il emploie cette expression : « Feras-tu des prodiges pour les morts ? » Il appelle cela un prodige, car, parmi toutes les œuvres mentionnées dans l’Écriture, vous constaterez que la résurrection des morts est tenue pour le plus grand des prodiges.

L’expression du Ps 88:10, telle que la traduit la Septante, est extrêmement frappante. Il dit : « Feras-tu des prodiges pour les morts ? Les médecins se lèveront-ils pour te louer ? » C’est ainsi qu’elle la rend, et certains bons hébraïsants la comprennent également ainsi. Autrement dit : va chercher tout le collège des médecins, tous les anges du ciel, tous les ministres et prophètes expérimentés qui se trouvaient alors sur la terre, Gad et David — car il vivait au temps de David —, fais-les tous venir. Tous ces médecins peuvent apporter leurs fortifiants et leurs baumes ; jamais ils ne me guériront, jamais ils ne guériront mon âme, jamais ils ne me ramèneront à la vie, à moins que toi-même tu ne me relèves ; car, dit-il, je suis « libre parmi les morts ». Dès lors, produire la foi chez un tel homme, faire en sorte que cette pauvre âme, ainsi morte, sorte d’elle-même et, par une foi nue et pure, aille à Jésus-Christ seul, que Dieu a ressuscité des morts, et croie en lui seul : cela exige une puissance aussi grande que de ramener véritablement un homme de la mort à la vie.

---Thomas Goodwin.

Versets 10-12.---Dans ces versets, quatre choses sont mentionnées du côté de Dieu : les « prodiges », la « bienveillance », la « fidélité » et la « justice ». C’étaient quatre attributs du bienheureux Jéhovah que les yeux d’Héman avaient été ouverts à contempler et que son cœur avait été rendu capable de ressentir. Mais, par l’enseignement divin, il en vient à une situation où ces attributs semblent lui avoir complètement échappé ; et pourtant — tant les voies de Dieu sont mystérieuses ! — cette situation même devint le lieu où ces attributs furent manifestés avec le plus de puissance et révélés à son âme de la manière la plus profonde et la plus expérimentale. Le Seigneur conduisit l’aveugle par un chemin qu’il ne connaissait pas, jusque dans ces expériences, afin de lui dévoiler plus pleinement les attributs dont il avait déjà entrevu quelque chose. Mais le Seigneur l’y amena d’une manière si mystérieuse que toute sa connaissance antérieure fut mise en échec. Il demande donc au Seigneur comment ces attributs pourraient être manifestés ou révélés dans la situation où il se trouve maintenant.

Il commence ainsi : Feras-tu des prodiges pour les morts ? Il parle ici de sa propre expérience : c’est lui ce « mort » auquel ces « prodiges » doivent être montrés. Se trouvant dans cet état, il estimait que tout acte de miséricorde qui lui serait accordé là où il était ne pourrait être qu’un « prodige ». « Les morts se lèveront-ils pour te louer ? » Quoi ! Cette âme obscure, engourdie, froide, stérile et impuissante, qui ne peut lever le petit doigt, qui ne peut prononcer une seule parole spirituelle, qui ne peut former un seul désir inspiré par la grâce, qui ne peut se soulever ne serait-ce que de l’épaisseur d’un cheveu hors de la masse qui l’écrase — « se lèvera-t-elle » ? Et plus encore : « te louera-t-elle » ? Quoi ! Les lamentations peuvent-elles jamais se changer en louanges ? Les plaintes peuvent-elles jamais devenir des actions de grâces ? Celui qui est dans le deuil pourra-t-il jamais pousser des cris de joie et chanter ? Oh ! C’est le prodige des prodiges, si « les morts » doivent « se lever », si « les morts » doivent « te louer » ; si les morts doivent se tenir debout et proclamer la victoire obtenue par ton sang !

---J. C. Philpot.

Verset 11.---« Dans la tombe. » Nous avons ici une image saisissante de ce qu’éprouve une âme vivante lorsque les profondes corruptions de son cœur lui sont révélées. Toutes ses bonnes paroles, autrefois si estimées ; toutes ses bonnes œuvres, autrefois si prisées ; toutes ses prières, toute sa foi, toute son espérance, tout son amour et toutes les pensées de son cœur ne sont pas seulement paralysés et morts, ni simplement réduits à une totale impuissance : l’âme les ressent aussi comme transformés en pourriture et en corruption. Lorsque nous éprouvons cela, nous sommes spirituellement amenés là où se trouvait Héman lorsqu’il disait : « Ta bienveillance sera-t-elle proclamée dans la tombe ? » Quoi ! Manifesteras-tu ton amour à un cadavre puant ? Quoi ! Ton amour sera-t-il répandu dans un cœur rempli de souillure et de putréfaction ? Ta bienveillance sortira-t-elle de ton glorieux sanctuaire, où tu sièges sur ton trône dans la majesté, la sainteté et la pureté ? Quittera-t-elle cette demeure éternelle de lumière et de gloire ineffables pour entrer dans la « tombe » obscure, souillée et répugnante ? Quoi ! Ta bienveillance sortira-t-elle du sanctuaire pour pénétrer dans le charnier ? Y sera-t-elle « proclamée » — révélée, déclarée, manifestée, rendue publique ? Car seule sa proclamation en ce lieu peut répondre au besoin. Il ne dit pas : « Ta bienveillance sera-t-elle proclamée dans les Écritures ? » « Ta bienveillance sera-t-elle proclamée en Christ ? » ... « Ta bienveillance sera-t-elle proclamée par la bouche des ministres ? » « Ta bienveillance sera-t-elle proclamée dans des cœurs saints et purs ? » Il dit plutôt : « Ta bienveillance sera-t-elle proclamée », exprimée, déclarée, révélée, manifestée, « dans la tombe » ? Là où tout lui est contraire, où tout en est indigne — le dernier de tous les lieux où la bienveillance d’un Dieu parfaitement pur semblerait pouvoir entrer.

---J. C. Philpot.

Verset 11.---« Ta fidélité dans la destruction. » Vous verrez que c’est dans la destruction que la fidélité de Dieu s’est manifestée avec le plus d’éclat. Vous verrez la fidélité de Dieu envers son alliance se révéler de la manière la plus évidente lorsqu’il détruira votre fausse religion afin d’établir son propre royaume dans votre âme ; lorsqu’il détruira tout ce qui détournait de lui vos affections et vous éloignait de lui, afin que lui seul soit consacré dans vos cœurs. Et, lorsque le Seigneur vous amènera, des années plus tard, à considérer le chemin par lequel il vous a conduits, vous direz : « Parmi toutes les compassions de Dieu, les plus grandes ont été celles qui, sur le moment, paraissaient être les plus grands malheurs ; les bénédictions les plus riches qu’il nous ait accordées sont celles qui nous sont parvenues enveloppées, extérieurement, de malédictions ; et sa fidélité s’est manifestée tout autant, sinon davantage, dans la destruction que dans la restauration. »

---J. C. Philpot.

Verset 11.---Ce n’est pas en abandonnant l’homme dans la « destruction » produite par le péché et la mort que Dieu manifestera sa « fidélité » aux promesses qui ont découlé de sa « bienveillance » ; par exemple, la promesse selon laquelle la descendance de la femme écraserait la tête du serpent (Gn 13:15 et Os 13:14).

---A. R. Faussett.

Verset 12.---« Manifesteras-tu ta justice dans le pays de l’oubli ? » Là où je t’ai oublié, où je me suis détourné de toi, où j’ai laissé s’effacer de ma mémoire toutes tes interventions précédentes envers moi — ta justice sera-t-elle manifestée même là ? Montreras-tu ton équité en faisant miséricorde, parce qu’un sacrifice a été offert pour moi, ta justice coulant parallèlement au flot expiatoire du sang de Christ ? Lorsque je t’ai oublié et abandonné, lorsque je t’ai tourné le dos, ta justice peut-elle se manifester là ? Quoi ! La justice avançant côte à côte avec la miséricorde ! Et la justice conservant toute son inflexible rigueur, parce que cet égarement même du cœur, cet oubli même de l’âme, cet éloignement même des affections, ce geste même par lequel je t’ai tourné le dos, tout cela a été expié ; et la justice peut encore être manifestée « dans le pays de l’oubli », parce que tous les péchés que j’y ai commis ont été expiés par le sang rédempteur !

---J. C. Philpot.

Verset 13.---« Mais », etc. Ce « mais » semble exprimer la résolution qu’il a gardée jusqu’ici : bien que telles fussent les pensées qu’il avait de son état, il avait néanmoins cherché le Seigneur et continuerait à le faire. Suppose que tu ne trouves aucune saveur aux institutions divines ; pratique-les néanmoins. Tu es désespérément malade ; pourtant, continue de manger, prends tout ce qu’on t’apporte : tu en retireras quelque force. Dis : Que je sois damné ou sauvé, hypocrite ou non, je suis résolu à poursuivre.

---Thomas Goodwin.

Verset 13.---« Dès le matin, ma prière te devancera. » La prière du matin est la meilleure... Le matin, Dieu accorda divers dons. Premièrement, la manne, Ex 16.13 : Et, le matin, il y eut une couche de rosée autour du camp. Celui qui demeure dans le camp de Dieu et combat vaillamment reçoit de Dieu rosée et consolation, si, dès le matin, c’est-à-dire au commencement de la tentation, il prie. Le soir, la chair leur fut donnée, et la mort les surprit ; mais, dans l’autre cas, la manne fut donnée le matin, et leur vie fut ainsi soutenue jusqu’à leur arrivée dans la terre promise. Deuxièmement, la loi fut donnée le matin, Ex 19.16 : Le troisième jour au matin, il y eut des tonnerres, des éclairs, une épaisse nuée sur la montagne, et le son très retentissant de la trompette. Dans la dévotion matinale, les tonnerres de Dieu, c’est-à-dire ses jugements, se font entendre plus distinctement ; ses éclairs, c’est-à-dire ses illuminations divines, se voient le mieux ; l’épaisse nuée sur la montagne, c’est-à-dire l’ombre divine couvrant l’âme, se perçoit ; et le son de la trompette s’entend plus clairement, c’est-à-dire que l’inspiration agit alors avec une plus grande force sur l’esprit. Troisièmement, le matin, de très bonne heure, les enfants d’Israël sortirent d’Égypte ; car, au milieu de la nuit, Dieu frappa tous les premiers-nés du pays d’Égypte, Ex 12.29... Prie le matin, et tu vaincras tes ennemis du jour et de la nuit ; la mer Rouge elle-même, c’est-à-dire le lieu de la tentation, deviendra pour toi un champ de gloire, de victoire et d’allégresse, et toutes choses iront bien pour toi.

---Le Blanc.

Verset 13.---« Je crie à toi, ô Éternel. » Il est un trait qui accompagne les présentes ténèbres spirituelles du chrétien et les distingue des terreurs de l’hypocrite : c’est l’action vivante de la grâce, qui devient ordinairement très visible au moment même où sa paix et ses anciennes consolations sont le plus remises en question par lui. Moins il éprouve de joie dans le sentiment présent de l’amour de Dieu, plus vous le trouverez abondant en tristesse à cause du péché qui a obscurci cette joie ; plus Christ s’éloigne de sa vue, plus il s’attache à lui par son amour et le réclame avec véhémence dans la prière, comme nous le voyons ici chez Héman. Oh ! quelles ferventes prières son esprit troublé lance alors vers le ciel ! Quels élans d’affection jaillissent vers Dieu, vers sa face et sa faveur ! Jamais enfant banni ne désira davantage être admis en présence de son père irrité que celui-ci ne désire voir briller sur lui la lumière de la face de Dieu, qui lui est maintenant voilée.

---William Gurnall.

Verset 14.---« Pourquoi me caches-tu ta face ? » Nombreuses sont les plaintes des hommes pieux sous cette sombre nuée ; et, pour un enfant de lumière, ce sont véritablement des ténèbres que l’on peut toucher. Elles obscurcissent et égarent l’esprit ; les preuves les plus éclatantes sont en grande partie cachées ; la Bible elle-même est scellée et fermée hermétiquement ; nous ne voyons ni nos signes ni les gages qui nous sont favorables ; tout bien est loin de nous, derrière la nuée, et nous ne pouvons l’atteindre ; une sinistre obscurité couvre notre chemin ; nous ne savons ni où nous sommes, ni où poser le pied, ni quelle direction prendre. Nous ignorons par quel chemin Dieu s’en est allé, mais lui connaît la voie que nous suivons ; et une prière telle que celle-ci nous convient bien : « Cherche tes serviteurs, car nous sommes perdus. » Christ est caché, et une nuée menaçante couvre le doux visage de Dieu, dans laquelle il dissimule sa face bénie ; ou bien, comme il le fit aux disciples, il retient nos yeux afin que nous ne le voyions pas. Mais, quoique tel soit souvent le cas des croyants et qu’ils ne puissent apercevoir devant eux le moindre rayon de lumière ; quoique toutes les preuves soient cachées et que la lumière de la face du Seigneur se soit retirée ; quoique ne paraissent ni signes ni gages d’amour ; quoique le commandement qui donne la vie leur soit caché et qu’il ne leur montre aucune merveille de sa loi, ces Israélites ont pourtant de la lumière dans leurs demeures : ils ont assez de lumière pour voir la corruption de leur propre cœur ; pour discerner l’action de l’incrédulité, de l’orgueil légaliste, de l’inimitié et de la rébellion, ainsi que le redoublement d’efforts de Satan et les funestes avantages qu’il tire d’eux en ces temps de ténèbres.

---William Huntington.

Verset 15.---« Je suis affligé. » (Vulgate : Pauper sum ego.) Dieu écoute plus volontiers les pauvres et se donne tout entier à eux. Premièrement, il leur donne ses yeux pour les regarder, Ps 11.5 : « Ses yeux contemplent le pauvre. » Deuxièmement, ses oreilles pour les entendre, Ps 10.17 : « Tu disposeras leur cœur, tu prêteras l’oreille. » Troisièmement, sa main pour les secourir, Ps 107.41 : « Mais il relève le pauvre de son affliction. » Quatrièmement, son sein et ses bras pour recevoir les fugitifs et ceux qui sont en péril, Ps 60.9 : « L’Éternel sera aussi un refuge pour l’opprimé. » Cinquièmement, sa mémoire pour se souvenir d’eux, Ps 9.18 : « Le pauvre ne sera pas toujours oublié. » Sixièmement, son intelligence pour prendre soin d’eux et veiller à leur consolation, Ps 40.17 : « Moi, je suis pauvre et indigent ; mais le Seigneur pense à moi. » Septièmement, sa bienveillance pour agréer leurs prières, Ps 22.24 : « Car il n’a ni méprisé ni eu en horreur l’affliction de l’affligé, et il ne lui a point caché sa face. » Huitièmement et enfin, il se donne tout entier à eux pour les préserver, Ps 72.13 : « Il sauvera les âmes des indigents. »

---Le Blanc.

Verset 15.---« Je suis affligé et prêt à mourir dès ma jeunesse. » Combien certains souffrent ! J’ai vu un enfant qui, à l’âge de vingt mois, avait probablement enduré plus de douleurs physiques que toute l’assemblée de mille âmes au sein de laquelle ses parents rendaient leur culte. Asaph semble avoir eu le cœur triste. Jérémie vécut et mourut dans les lamentations. Héman paraît avoir partagé le même sort et les mêmes dispositions d’esprit.

---William S. Plumer.

Verset 15 (Première proposition).---Nous trouvâmes ce jour-là la chaleur plus accablante que tout ce que nous avions encore éprouvé. Les monticules de sable entre lesquels nous avancions lentement, à l’allure habituelle des chameaux, réfléchissaient sur nous les rayons du soleil, jusqu’à ce que nos visages fussent brûlants comme si nous nous étions tenus près d’une fournaise... C’est peut-être dans cette partie du désert de Shur qu’Agar erra, avec l’intention de retourner dans son pays natal ; et c’est peut-être aussi par cette route que Joseph emmena le jeune enfant Jésus lorsqu’ils s’enfuirent au pays d’Égypte. Dès sa tendre enfance, les souffrances du Rédempteur commencèrent, et il se plaint : « Je suis affligé et prêt à mourir dès ma jeunesse. » Peut-être ces rayons brûlants frappèrent-ils son front d’enfant, et cette brise chargée de sable dessécha-t-elle ses lèvres, tandis que l’ardeur de la malédiction de Dieu commençait à faire fondre son cœur au-dedans de lui. Même dans le désert, nous contemplons Jésus comme notre garant.

---R. M. M’Cheyne, « Récit d’une mission d’enquête auprès des Juifs »

Verset 15.---« Dès ma jeunesse. » C’est-à-dire depuis longtemps, depuis si longtemps que le souvenir semble en remonter jusqu’à mon enfance même. Toute ma vie a été une vie de détresse et de douleur, et je n’ai plus la force de la supporter. Il se peut que l’auteur du Psaume ait véritablement été un homme constamment affligé ; ou bien ce langage, dicté par une émotion intense, peut signifier que ses souffrances avaient duré si longtemps qu’il lui semblait qu’elles avaient commencé dès son enfance.

---Albert Barnes.

Verset 15.---« Tandis que je souffre tes terreurs, je suis éperdu. » Le mot ne désigne pas à proprement parler l’égarement d’un homme devenu fou, mais la perplexité d’un homme en proie au doute. C’est la détresse d’un homme qui ne sait que faire, et non celle d’un homme qui ne sait pas ce qu’il fait ; pourtant, la première conduit souvent à quelque degré de la seconde. Car un homme fort tourmenté de ne pas savoir que faire, et incapable de le découvrir, finit par faire ce qu’il ne sait pas lui-même.

---Joseph Caryl.

Verset 15.---« Tandis que je souffre tes terreurs, je suis éperdu. » Ce Psaume présente cette particularité frappante : non seulement il se rapporte au Seigneur Jésus-Christ, et à lui seul, mais encore il en est lui-même l’unique interlocuteur, du commencement à la fin. Et bien que tous les Psaumes parlent plus ou moins de lui et le concernent, et qu’il en soit le grand objet et le grand sujet, nous rencontrons néanmoins, de manière secondaire et subordonnée, de nombreux passages où son Église est également mentionnée et se trouve concernée, en raison de son union avec lui, par ce qui est dit. Mais, dans ce Psaume, aucune allusion n’est faite à qui que ce soit d’autre. (Nous nous séparons du docteur Hawker lorsqu’il exclut les saints de ce Psaume. Là où se trouve la Tête, les membres ne sont jamais bien loin.---ÉD.) Tout se rapporte à lui et à son œuvre incommunicable. Tout concerne le Fils de Dieu dans notre nature. Ce Psaume rapporte les cris du Seigneur Jésus, « qui, dans les jours de sa chair, offrit avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications ».

Les souffrances de l’âme de Christ, depuis le moment même de son incarnation jusqu’à sa mort, peuvent être contemplées ou lues dans les récits sacrés de l’Écriture ; mais aucune puissance créée ne saurait les concevoir, encore moins les exposer. Il est remarquable que, quoi que le Seigneur ait voulu exprimer par ces mots : « Je suis éperdu », ce soit le seul endroit de toute la Bible où ce terme soit employé. En vérité, les écrivains inspirés ont varié leurs expressions en parlant des souffrances de Christ, comme s’ils étaient incapables d’en donner une idée complète. Matthieu rapporte que le Seigneur Jésus dit : « Mon âme est extrêmement triste, jusqu’à la mort ! » (Mt 26.38.) Marc le décrit comme « saisi d’effroi et profondément accablé ! » (Mc 14.33.) Et Luc le montre « en agonie ! » (Lc 22.44.) Mais ici, notre intelligence doit s’arrêter, car nous ne pouvons aller plus loin.

---Robert Hawker, docteur en théologie, 1753-1827.

Verset 15. — Ô Seigneur, la monotonie de mes jours immuables m’accable, et la lassitude constante de mon corps m’écrase. Je suis las de contempler toujours les mêmes objets ternes ; je suis fatigué de parcourir, jour après jour, le même cercle morne. Les objets inanimés eux-mêmes qui m’entourent dans ma chambre, ainsi que les motifs des murs, semblent prendre vie aux dépens de la mienne ; et, par le pouvoir de l’association, mes propres pensées et ma propre douleur me reviennent de leur côté comme un sourd écho. Mon cœur est trop las pour espérer ; je n’ose regarder vers l’avenir ; je n’attends rien des jours à venir, et pourtant mon cœur défaille à la pensée de la morne étendue des années qui s’ouvrent devant moi. Je me demande comment je pourrai tenir, et si je ne défaillirai pas en chemin avant d’atteindre ma lointaine demeure.

Tiré de « Christ le Consolateur ».

Verset 16. — « Ta colère ardente passe sur moi. » Comme une mer de feu liquide ; (Ps 42:7) — « Tes fureurs brûlantes. » LXX (Septante) : αἰ ὁργαί σου.

— William Kay

Verset 16. — « Tes terreurs m’ont anéanti. » Dans le verbe hébreu, la dernière syllabe est répétée afin de donner plus de véhémence à l’expression. Le mot עָמַת signifie enfermer et comprimer dans quelque lieu étroit, de telle sorte qu’on ne puisse ni respirer ni s’échapper.... C’est en ce sens que Grégoire de Nazianze, dans son premier discours sur la paix, appelle le chagrin δεσμον καρδιας (« la prison du cœur »).

Mollerus.

Verset 17. — « Comme des eaux » ; non seulement parce qu’elles submergent, mais aussi parce qu’elles pénètrent dans chaque fente, descendent jusqu’au fond et se frayent un passage de tous côtés dès qu’elles ont trouvé une entrée. Cette image exprime ainsi fort justement la force pénétrante de la tentation et de l’épreuve.

Hugues de Saint-Cher.

Verset 18.Tu as éloigné de moi ami et compagnon, etc. Après les joies de la religion, celles de l’amitié sont les plus raisonnables, les plus nobles et les plus satisfaisantes. Mais, comme toutes les autres joies terrestres, elles ont leurs mélanges et leurs alliages, et demeurent fort précaires. Nous sommes souvent appelés à pleurer avec nos amis, et parfois à pleurer sur eux. Le chagrin et les larmes que nous causent leur mort sont le triste tribut que nous payons pour avoir aimé, avoir été aimés et avoir longtemps vécu en ce monde. Tel semble avoir été le cas de l’auteur de ce psaume mélancolique, où se trouve notre texte. Il était soumis à de grandes souffrances corporelles et à une profonde détresse de l’esprit. « Son âme était rassasiée de maux, et sa vie s’approchait du séjour des morts. Il était enfermé et retenu par la faiblesse et la douleur, et ne pouvait sortir », ni pour ses affaires ni pour ses plaisirs, ni pour se rendre à une assemblée sociale ou solennelle, Ps 88:3-8. Il ajoute qu’« il était affligé et près de mourir dès sa jeunesse », au Ps 88:15 ; ce qui paraît indiquer qu’il était alors un vieillard. Certaines de ses connaissances et certains de ses amis l’avaient abandonné, et il était « devenu pour eux un objet d’horreur », Ps 88:8. Ils refusaient de l’aider, et ne lui accordaient même pas le réconfort d’une visite amicale ni cette bonté si peu coûteuse qu’est une parole douce et compatissante. D’autres, qui lui seraient demeurés fidèles et bienveillants dans sa détresse, avaient quitté ce monde ; et cela au moment où, en raison de son âge et de ses infirmités, il avait tout particulièrement besoin de leur compagnie et de leur aide. C’est à cela qu’il fait allusion dans le texte ; et c’est par ce coup, le plus lourd de tous, qu’il conclut le psaume : « Tu as éloigné de moi ami et compagnon ; mes connaissances, ce sont les ténèbres. » C’est là un cas fréquent, surtout chez les personnes âgées. Il n’est pas rare que les vieillards survivent à leurs plus proches parents, aux compagnons de leur vie, à leurs enfants, et parfois même à leurs petits-enfants ; ils sont alors, selon l’expression du psalmiste, « comme un passereau solitaire sur un toit ».

Ce qui affligeait surtout le psalmiste, et ce qui affligera tout cœur généreux, c’était que ses amis et ses bien-aimés avaient été emportés dans les « ténèbres » ; c’est-à-dire dans la tombe, appelée dans l’Écriture « le pays des ténèbres et de l’ombre de la mort, où ne règne aucun ordre, et où la lumière même est comme les ténèbres ». Job 10:21-22. Ils avaient été tellement éloignés de lui qu’il ne pouvait plus les voir ; ils étaient morts et ensevelis hors de sa vue, et aucun de leurs amis sur la terre ne les contemplerait plus. C’est ainsi que nos amis sont placés dans les ténèbres. Les yeux qui brillaient autrefois de plaisir lorsque nous nous retrouvions après une longue absence se sont fermés dans la mort. La voix qui nous charmait et nous édifiait est scellée dans un silence éternel. Nous ne pouvons plus nous entretenir avec eux, ni de vive voix ni par lettres. Ce ne sont ni les terres ni les mers qui nous séparent d’eux, mais les régions d’un espace immense et inconnu, que nous ne pouvons encore franchir, et qu’ils ne peuvent — et ne voudraient d’ailleurs pas — parcourir en sens inverse, quelque grand qu’ait été leur amour pour nous. Nous n’avons aucun moyen de leur transmettre des nouvelles ni d’en recevoir de leur part. Peut-être ont-ils été éloignés de nous dans leur jeunesse, ou au milieu de leurs jours et de leur activité utile, alors que nous nous promettions encore de longues années de bonheur dans leur amitié et leur compagnie, et que nous attendions d’eux de nombreuses années de service pour leur famille, pour l’Église et pour le monde. Hélas ! un seul coup terrible et fatal a renversé tout l’édifice enchanteur de l’amour et du bonheur.

Mais il ne faut pas s’attarder sur ces réflexions. Lorsqu’elles commencent à devenir très douloureuses, comme elles ne tarderont pas à le faire, il est temps de tourner nos pensées vers le second élément remarquable du texte : la pieuse reconnaissance, par le psalmiste, de la main de Dieu dans cette affliction. « Tu les as éloignés de moi. » Tout au long du psaume, cet homme de bien attribue toutes ses afflictions, et particulièrement la mort de ses amis, à la main de Dieu. Il ne fait aucune mention de leurs maladies ; il ne leur reproche ni imprudence ni retard, et n’accuse pas davantage ceux qui les soignaient de négligence ou de mauvais traitement. Mais, dépassant toutes les causes secondes, il porte ses regards vers le grand Seigneur de toutes choses ; il le reconnaît comme le souverain suprême de toute vie et comme celui qui dispose de tout événement. Nous ferons bien de rendre familière à notre esprit cette conception du Dieu bienheureux, car elle est tout à la fois des plus instructives et des plus consolantes.

Les saintes Écritures confirment sur ce sujet ce que dicte la raison. Elles nous assurent que Dieu « forme la paix et crée le malheur » ; que « de la bouche du Seigneur procèdent le malheur et le bonheur » ; et que les événements les plus fortuits sont placés sous sa direction, de sorte que « pas un passereau ne tombe » ni ne se pose « à terre sans lui ». À plus forte raison ses créatures raisonnables et ses enfants ne meurent-ils pas sans qu’il le sache et l’ait ordonné. Qu’ils succombent à quelque maladie ou à quelque accident, c’est Dieu qui « retire leur souffle, change leur visage et les envoie dans les ténèbres ». Avec une majesté redoutable, Dieu revendique cela comme sa prérogative : « Je blesse, et je guéris ; et nul ne peut délivrer de ma main. » (De 32:39.) Celui qui éloigne nos amis a le droit de le faire. Ils étaient nos amis, mais ils sont ses créatures ; et ne peut-il pas faire de ce qui lui appartient ce qu’il veut ? Dans sa bonté gratuite, il leur a donné la vie, et il a le droit de la réclamer quand il lui plaît. Si chers qu’ils nous aient été, nous devons reconnaître qu’ils étaient pécheurs et qu’à ce titre ils avaient, devant la justice divine, perdu tout droit à la vie : n’appartient-il donc pas à Dieu de décider quand il les reprendra ? Ils étaient nos amis ; mais n’espérons-nous pas, ne croyons-nous pas que, par la repentance, la foi en Christ et la grâce sanctifiante, ils étaient aussi devenus ses amis, unis à lui par de nombreux liens indissolubles et chers à son cœur ? N’a-t-il donc pas sur eux un droit supérieur et un intérêt plus grand ? Ne convient-il pas qu’il soit servi le premier ? Ne peut-il pas rappeler ses amis chez lui quand il lui plaît ? Doit-il d’abord attendre ou demander notre consentement ? Celui qui agit ainsi est celui que nous ne pouvons ni n’osons contredire. « Voici, il enlève : qui s’y opposera ? Qui lui dira : Que fais-tu ? » (Job 9:12.) Celui qui agit ainsi est infiniment bon et sage, et il fait tout au meilleur moment et de la meilleure manière. Sa connaissance est parfaite et infaillible ; sa bonté, sans bornes et toujours fidèle. Bien que ses jugements soient un profond abîme et que ses desseins nous soient absolument insondables, nous pouvons néanmoins croire avec raison qu’il a en vue le bonheur de ses serviteurs jusque dans les événements les plus mystérieux et les plus douloureux ; et sa Parole nous en donne l’assurance la plus ferme. Ainsi donc, que nous exercions la foi des chrétiens ou la raison des hommes, nous devons reconnaître la main de Dieu — oui, sa sagesse et sa bonté — lorsqu’il emporte nos connaissances dans les ténèbres.

Job Orton, 1717-1783.

Verset 18. — « Mes connaissances, ce sont les ténèbres. » Il faudrait plutôt comprendre : les ténèbres sont toute ma compagnie ; autrement dit, les ténèbres sont tout ce avec quoi je puis m’entretenir ; mon cercle de connaissances se réduit aux ténèbres absolues.

Ernest Hawkins.

Verset 18.---Être désapprouvé ou traité avec froideur par des amis chrétiens est souvent la conséquence de la perte du réconfort spirituel chez le croyant. Lorsque le Seigneur est irrité contre son enfant rebelle et le châtie, non seulement il permet à Satan de le tourmenter, mais il laisse aussi certains des saints qui le connaissent lui témoigner leur désapprobation et accroître sa peine par leur froideur. Lorsqu’un père de famille veut corriger plus efficacement son enfant obstiné, il dit aux autres membres de la maison : « N’ayez pas de familiarité avec lui ; ne lui témoignez aucune faveur ; couvrez-le de honte. » De même, lorsque le Seigneur frappe son enfant désobéissant, surtout par une détresse spirituelle, il dit, pour ainsi dire, à ses autres enfants : « Pendant un temps, n’ayez aucune familiarité avec lui ; traitez-le avec froideur et indifférence, afin qu’il soit honteux et humilié à cause de son iniquité. » Sous le poids de sa douloureuse affliction, Job se plaignait ainsi : « Il a éloigné de moi mes frères, et mes connaissances se sont détournées de moi », etc. (Job 19.13-19). Héman disait pareillement : « Tu m’as jeté dans une fosse profonde, dans les ténèbres. » Lorsque la faveur de Dieu envers l’âme est voilée, le réconfort de la communion chrétienne s’obscurcit lui aussi. Quand Dieu fronce le visage contre quelqu’un, ses enfants semblent ordinairement en faire autant ; et lorsqu’il se montre distant envers quelqu’un, ils agissent généralement de même. Si donc un homme pieux, en proie à la détresse spirituelle, commence à être traité avec indifférence, et même avec mépris, par certains de ses frères chrétiens, il ne doit pas s’en étonner ; il ne doit pas non plus saisir cette occasion pour s’irriter ou se quereller avec eux. Il doit plutôt porter ses regards au-dessus d’eux et recevoir cette douloureuse dispensation de la seule main du Seigneur, comme une partie nécessaire du châtiment qui lui est destiné. Il doit dire à leur sujet, comme David à propos de Schimeï : « Le Seigneur le leur a ordonné » ; ou, comme Héman : « C’est TOI qui as éloigné de moi ceux qui me connaissent. »

---John Colquhoun.

Verset 18.---Le rythme même de la dernière ligne montre que le poème n’est pas achevé. L’oreille demeure en suspens, jusqu’à ce que le majestueux Psaume 89.1-52 éclate à ses oreilles comme un radieux matin de résurrection.

---William Kay.

Conseils au prédicateur de village

Verset 1.---

  1. La confiance dans la prière : « Dieu de mon salut. »\
  2. La ferveur dans la prière : « Je crie. »\
  3. La persévérance dans la prière : « Jour et nuit. »

---G. R.

Verset 2.---La prière comme ambassadrice.

  1. Une audience sollicitée, ou le bienfait d’avoir accès auprès de Dieu.\
  2. Une écoute implorée, ou la bénédiction d’une réponse favorable.\
  3. Le processus expliqué : la prière s’approche, et Dieu incline son oreille.

Verset 3.---

  1. L’homme de bien est exposé aux détresses intérieures.

a. Aux détresses de l’âme.

b. À l’âme rassasiée de maux.

  1. Aux détresses extérieures. « Ma vie », etc.

a. Causées par les persécutions extérieures.

b. Causées par les douleurs intérieures.

  1. Aux détresses intérieures et extérieures en même temps. « Mon âme est rassasiée », etc., « et ma vie », etc.

---G. R.

Verset 4 (dernière proposition).---La conscience de notre faiblesse, douloureusement ressentie à certains moments et dans divers devoirs. Elle est destinée à nous garder dans l’humilité, à nous pousser à fléchir les genoux et à procurer une plus grande gloire à Dieu.

Versets 4-5.---

  1. La ressemblance entre le juste et les méchants.

a. Dans la mort naturelle.

b. Dans les infirmités corporelles.

  1. Ce qui le distingue d’eux. Il est « compté parmi eux », mais il n’est pas des leurs.

a. Il ne connaît que la mort naturelle.

b. Sa force s’accomplit dans la faiblesse.

c. Pour lui, mourir est un gain.

---G. R.

Versets 6-7.---

  1. Ce que les afflictions du peuple de Dieu lui paraissent être.

a. Extrêmes : « Tu m’as jeté dans une fosse profonde. »

b. Inexplicables : « Dans les ténèbres. »

c. Humiliantes : « Dans les abîmes. »

d. Accablantes : « Ta fureur s’appesantit sur moi. »

e. Épuisantes : « Tu m’accables de tous tes flots. »

  1. Ce qu’elles sont en réalité.

a. Non pas extrêmes, mais légères.

b. Non pas inexplicables, mais conformes à la volonté de Dieu.

c. Non pas humiliantes, mais propres à nous élever. « Humiliez-vous sous », etc.

d. Non pas accablantes, mais douces. Elles ne viennent pas de la colère, mais de l’amour.

e. Non pas épuisantes, mais partielles. Ce ne sont pas tous tes flots, mais seulement quelques vaguelettes : le léger clapotis dans le port, tandis qu’au-delà l’océan est déchaîné.

---G. R.

Verset 8 (dernière proposition).---Cela peut décrire notre état lorsque le découragement devient chronique, lorsque l’épreuve nous submerge, lorsque la maladie nous retient chez nous, lorsque nous nous sentons entravés dans le service chrétien ou gênés dans la prière.

Verset 9.---

  1. La douleur devant Dieu : « Mon œil », etc.

  2. La prière adressée à Dieu : « Je t’invoque », etc.

  3. L’attente de Dieu : « Je t’invoque chaque jour. »

  4. La dépendance envers Dieu : « J’étends », etc. Ces mains ne peuvent rien faire sans toi.

---G. R.

Versets 10-12.---

  1. La supposition.

a. Qu’un enfant de Dieu puisse être entièrement mort.

b. Qu’il puisse demeurer éternellement dans le tombeau.

c. Qu’il puisse être détruit.

d. Qu’il puisse rester à jamais dans les ténèbres.

e. Qu’il puisse être entièrement oublié, comme s’il n’avait jamais existé.

  1. Les conséquences impliquées par cette supposition.

a. Les merveilles de Dieu envers eux cesseraient.

b. La louange qu’ils lui rendent serait perdue.

c. Sa bonté envers eux resterait inconnue.

d. Sa fidélité serait anéantie.

e. Les merveilles qu’il accomplit en leur faveur seraient perdues pour les autres.

f. Sa justice passée envers eux serait oubliée.

  1. L’argument fondé sur ces conséquences : « Feras-tu », etc. Il est impossible que la louange due à la grâce manifestée envers ton peuple soit perdue ; or, nul autre que les membres de ce peuple ne peut te la rendre. « Que ferais-tu alors pour ton grand nom ? »

---G. R.

Verset 13.---

  1. Les bénédictions différées en réponse à la prière : « Vers toi », etc.

  2. Les bénédictions anticipées par la prière : « Dès le matin », etc. Les prières du matin anticipent les grâces quotidiennes.

---G. R.

Verset 13 (dernière proposition).---Les avantages des réunions de prière matinales.

Verset 14.---

  1. Les afflictions sont mystérieuses, bien qu’elles soient justes.

  2. Elles sont justes, bien que mystérieuses.

---G. R.

Verset 14.---De solennelles questions, qui doivent être suivies d’examens approfondis, de confessions douloureuses, de rigoureux renoncements à soi-même et de douces restaurations.

Verset 15.---

  1. Les afflictions des justes peuvent se prolonger, bien qu’elles soient sévères. « Je suis malheureux, etc., dès ma jeunesse. »

  2. Elles peuvent être sévères, bien qu’elles se prolongent.

a. Douloureuses : « Malheureux. »

b. Menaçantes : « Près de mourir. »

c. Terrifiantes : « Je subis tes terreurs. »

d. Propres à égarer l’esprit : « Je suis », etc.

---G. R.

Verset 15.---Les souffrances personnelles du Christ pour le salut de son peuple.

---Sermon de Robert Hawker. Œuvres, vol. 4, p. 91.

Verset 16.---

  1. Les hommes de bien sont souvent des hommes éprouvés.

  2. Les hommes éprouvés jugent fréquemment mal la manière dont le Seigneur agit envers eux.

  3. Le Seigneur ne les prend pas au mot ; il est meilleur que ce que leurs craintes leur font imaginer.

---G. R.

Verset 18.---La perte de nos amis est destinée à nous rappeler notre propre mortalité, à détacher nos cœurs de la terre, à nous conduire à une confiance plus entière dans le Seigneur, à nous châtier pour nos péchés et à nous attirer vers le grand lieu de rassemblement.

Verset 18.---Les paroles de notre texte nous amèneront à observer que :

  1. Le bonheur de la vie dépend en grande partie d’amitiés intimes.

  2. L’épreuve de la séparation d’avec des amis intimes est extrêmement douloureuse.

  3. Dans cette épreuve, comme d’ailleurs dans toute affliction, la meilleure consolation se puise dans la foi en la providence souveraine de Dieu et dans la méditation de celle-ci.

---Joseph Lathrop, 1845.